samedi 30 juin 2012

LE RETOUR



Me voici revenue dans le quartier où j'habitais quand j'étais toute jeune, de l'âge de 7 ans à 14 ans. J'ai emménagé ici sur la rue Dorion le 30 mai dernier. 


Beaucoup d'événements sont venus bouleverser ma jeune vie durant ces sept années. J'ai dû être opérée deux fois. Rien de grave, mais ces séjours à l'hôpital m'ont beaucoup marquée. Un de mes cousins à l'esprit dérangé, plus âgé que moi de plusieurs années, m'a fait voir les hommes d'une drôle de façon, par son exhibitionnisme, son approche sournoise et ses baisers forcés. Pas très agréable comme préambule pour une belle sexualité. 


A 10 ans, j'ai franchi la frontière entre l'enfance et l'adolescence. Je suis devenue grande fille, comme on disait dans le temps. Et puis un jour je suis tombée en amour. Il avait les cheveux rouge feu et les yeux verts. J'avais 11 ans, il en avait 18 je crois. Je ne le connaissais pas. Il habitait sur la même rue que moi. En trois ans, il m'a adressé la parole deux fois, ce qui m'a plutôt refroidie qu'enflammée. J'étais en amour avec l'amour, comme on peut l'être à cet âge-là. 


Quand je revenais de l'école ou de l'église, je marchais sur la rue Saint-Georges jusqu'à la rue Dorion. Rendue à ce carrefour, mon coeur s'emballait car au bout de la rue Dorion, je voyais la maison de Gérald et sa fenêtre. Souvent il était là, me regardant arriver. J'étais dans tous mes états. Je viens de déménager juste là, au carrefour, au coin des rues Saint-Georges et Dorion, comme si le passé était venu me chercher, me prendre par la main et par le coeur, et me ramener là où mon coeur s'est emballé tant et tant de fois. 


Le quartier a beaucoup changé depuis ce temps-là, 50 ans se sont écoulés. La maison de Gérald a brûlé il y a longtemps. Beaucoup de souvenirs surgissent en moi quand je marche dans ces rues, superposant d'étrange façon les lieux de mon enfance au quartier présent. Plusieurs petits commerces ont disparu. Entre autres le magasin "Chez mémère Goudreau" où j'allais dépenser mes 35 cents hebdomadaires: pour ce prix-là, je pouvais acheter pepsi, chips, chocolat et beaucoup de bonbons. 


Dans son livre "Parfum de rose et de tabac", Lysette Brochu écrit:

"Les lieux de notre enfance forment notre géographie intérieure, trament même notre destin. Ce sont des points de repère pour nous permettre de retrouver les odeurs de la vie." 


"Je suis certaine que le bonheur est dans la souvenance des choses, dans notre capacité d'accueillir notre passé, de l'assumer, d'en faire un tremplin pour notre avenir. Le passé et l'avenir se cristallisent dans notre présent, notre intemporelle conscience du jour." 


Une image m'est venue en tête le 20 juin: une clé attachée à un porte-clés rond, mou et rouge, qui me semble organique. Ça bouge, ça fait des mouvements dans les airs, des mouvements de pénétration. Je n'ai pas le sentiment de diriger ça, mais je sais que ces mouvements ont un rapport direct avec moi et se produisent malgré une certaine réticence de ma part. Cette clé et ce porte-clés, ils sont intimement reliés à moi. Ils représentent tout ce que j'ai vécu et ce que j'ai à vivre encore. Le porte-clés est organique, rouge, mou, comme la chair, comme la vie humaine, pétrie d'émotions et de sentiments. 


Tous ces événements qui jalonnent notre vie 
sont reliés à une clé. 
Une clé pour entrer en soi, 
une clé pour entrer chez soi! 

Michelle

1 commentaire:

  1. Que de souvenirs !
    Revenir sur les lieux de son enfance : un réel retour dans le passé, le temps et l'espace laissent de façon indélébile leurs traces !

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