dimanche 1 mai 2011

Synchronicité - Le festin



Le 2 avril, je regarde un film: "Le labyrinthe de Pan", qui se déroule en temps de guerre. L'atmosphère y est lugubre. Durant la nuit, une fillette, Ofélia, doit remplir une mission. D'abord tracer une porte à la craie dans sa chambre, afin de créer une ouverture vers une salle sombre. Là se trouve une longue table chargée de mets de toutes sortes. Un véritable festin! Mais il est absolument défendu d'y manger quoi que ce soit. Au bout de cette table, une redoutable créature est endormie: un ogre qui, d'après les tableaux sur les murs, a trucidé des enfants pour ensuite les manger. Ofélia subtilise un objet dans un coffre: une dague. Puis elle ne peut s'empêcher de manger un raisin ... Le monstre s'éveille. Elle le voit avec horreur manger les petits êtres ailés qui l'accompagnaient. Et puis elle s'enfuit et échappe de justesse à cet être horrifiant.


Le matin du 7 avril, je lis dans les Chroniques de Narnia: L'odyssée du Passeur d'Aurore, un passage que je vous résume ici: le prince Caspian et son équipage sont partis à l'aventure sur un navire appellé le "Passeur d'aurore" dans le but de retrouver sept explorateurs qui ne sont jamais revenus de leur voyage vers le Bout-du-Monde. Lucy, Edmund et leur cousin Eustache se sont joints à eux en cours de route (il serait trop long de vous raconter les détails). Toujours est-il qu'un jour ils abordent une île, là où commence le Bout-du-Monde. Et sur cette île, au milieu d'anciennes ruines à ciel ouvert, ils trouvent une longue table chargée de mets de toutes sortes. Au bout de cette table, trois curieux personnages endormis depuis fort longtemps, puisque leurs cheveux et leurs barbes "avaient peu à peu recouvert la table, grimpant et s'enroulant autour des assiettes et des hanaps ... avant de déborder et de descendre jusqu'au sol, emmêlés jusqu'à ne plus former qu'une énorme tignasse." De toute évidence, un sort leur avait été jeté. Il s'agissait des trois derniers explorateurs qu'il leur restait à trouver.


Juste avant l'aurore, deux nouvelles personnes sont arrivées. D'abord, une femme très belle qui leur assura qu'ils pouvaient manger sans crainte, que les mets sur la table n'étaient pas la cause de l'endormissement de ces messieurs. Alors ils ont bu et mangé à belles dents, jusqu'à satiété. Après, le père de cette femme s'est avancé vers eux, brillant d'une lumière intérieure (Il avait été une étoile, jadis). Quand le soleil enfin a dardé ses premiers rayons, nos amis ont eu droit à un spectacle magnifique. Des milliers d'oiseaux blancs ont volé vers eux, chantant dans une langue inconnue, envahissant toute la table et la dépouillant de tous les restes de ce somptueux repas. Tous les soirs, un festin apparaissait sur cette table, qui s'est avérée être la table d'Aslan, mise à la disposition de tous les visiteurs qui se rendaient aussi loin, à l'orée du Bout-du-Monde. Et tous les matins, les oiseaux blancs nettoyaient la nappe de tout résidu.


Sur la table se trouvait un étrange objet, qui faisait contraste avec tout le reste. Une épée: celle-là même qui avait tué Aslan (l'équivalent de la lance qui a percé le flanc du Christ, puisque Aslan est une allégorie du Christ). Cette épée était responsable du sommeil magique des trois personnages. La seule façon de les délivrer de ce mauvais sort était de se rendre vers l'Est aussi loin que possible, au Bout-du-Monde, et d'y laisser un des membres de l'équipage, un volontaire pour se rendre au-delà, vers le pays d'Aslan.


Cette synchronicité m'a impressionnée à cause des similitudes entre ces deux événements, situés dans des contextes diamétralement opposés. Et aussi bien sûr parce que la nourriture, réelle ou symbolique, a toujours été pour moi quelque chose d'important: un refuge, un réconfort, un dilemme aussi.


Cette même journée du 7 avril, en ouvrant ma boîte de courriels, j'ai trouvé comme tous les matins un message du site Expressio.fr. L'expression du jour était "A bouche que veux-tu". De plus, quelques jours plus tard, en repensant à tout ça, j'ai eu cette image mentale: un chaudron noir est tombé par terre bruyamment, et quand on l'a ramassé, il était devenu tout doré. Opération transformation! C'est la grâce que je me souhaite!


Michelle
1er mai 2011

6 commentaires:

  1. Encore merci Michelle de nous faire partager ce cheminement personnel...bien que suivant le mien propre, cela me réconforte de lire les mots d'un autre cherchant.

    Il est évident que ces deux oeuvres sont chargées de symbolisme et les similitudes sont frappantes en effet !
    Je connais bien le film qui m'avait profondément marqué, et le thème que je trouve sublime également ( http://www.youtube.com/watch?v=AI0hnZdrFdU&feature=related ).
    J'ai moi aussi un rapport très particulier avec la nourriture, terrestre ou non...ou plutôt des comptes à régler.

    Bon cheminement Michelle !

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  2. Bonjour Michelle,

    Je vois que tu gardes l'œil ouvert sur les clins d'œil malicieux et pleins d'enseignement du quotidien…

    Ce chaudron alchimique qui passe du noir à l'or lorsque qu'on le ramasse, donc probablement lorsqu'on le reconnaît pour ce qu'il et qu'on l'utilise à cet usage alchimique, évoque pour moi le Chaudron, cinquantième hexagramme du Yi King, qui un est vase rituel contenant des aliments spirituels. http://wengu.tartarie.com/wg/wengu.php?l=Yijing&lang=fr&no=50

    Quant à l'expression "À bouche que veux-tu" elle évoque aussitôt pour moi l'hexagramme 27 du Yi King Yi – Les commissures des lèvres / L'administration de la nourriture :
    – L'hexagramme est l'image d'une bouche ouverte : en haut et en bas, les traits fermes des lèvres et, entre eux, l'ouverture de la bouche. De l'image de la bouche par laquelle on prend les aliments on passe à l'idée de la nourriture elle-même. L'administration de la nourriture est utilisée pour représenter, dans les trois traits inférieurs, l'alimentation de soi-même et plus spécialement celle du corps, et dans les traits supérieurs l'alimentation et la culture des autres dans le domaine supérieur, celui de l'esprit.
    La persévérance apporte la fortune.
    – Observe l'administration de la nourriture et ce qu'un homme recherche pour remplir sa propre bouche.
    Quand on veille à la culture et à l'alimentation, il est important de s'occuper des personnes qui le méritent et de veiller à s'alimenter soi-même de la façon convenable.
    http://wengu.tartarie.com/wg/wengu.php?l=Yijing&lang=fr&no=27

    En te souhaitant bon appétit et le succès pour tes opérations méditatives aussi bien que pour tes opérations gastronomiques !

    Amezeg

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  3. La bouche gourmande de l'informatique avait avalé le verbe ÊTRE... :-)Merci de lire :

    Ce chaudron alchimique qui passe du noir à l'or lorsque qu'on le ramasse, donc probablement lorsqu'on le reconnaît pour ce qu'il EST et qu'on l'utilise à cet usage alchimique...

    Amezeg

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  4. Merci Jean pour ton commentaire et pour le lien à propos du Labyrinthe de Pan. Il est dramatique, ce film, tout le contraire de l'Odyssée du Passeur d'aurore: l'enfer vs le ciel. A bientôt!

    Merci Amezeg, je n'avais pas pensé à cet hexagramme, le chaudron, qui se rapporte évidemment directement à mon sujet: la nourriture. Merci pour les détails, intéressants à relire! A bientôt!

    Michelle

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  5. Amezeg, je rectifie mon précédent commentaire: comme tu l'écrivais, c'est plutôt "Les commissures des lèvres" qui est directement relié à la nourriture elle-même, le chaudron concernant le modus operandi pour l'apprêter. Ce sont deux hexagrammes que je connaissais déjà, mais il est bon de relire ces définitions quand le sujet revient sur le tapis. Merci!

    Michelle

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  6. Que dire alors que les commentaires sont déjà si riches. Ce que je ressens surtout c'est le plaisir de voir combien, alors qu'il y a quelques années j'avais l'impression de parler dans le vide, les concepts de Jung commencent à faire leur chemin et d'excellents blogs font leur chemin. Il y a aussi ceux qui n'ont pas de blogs mais apportent beaucoup. Petit à petit l'oiseau fait son nid et moi, je vois le sourire de Jung. Amitiés.

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