mercredi 4 août 2010

Tours et détours

Jardin de Louise - 21 juillet 2010 - Enfin arrivée à bon port!

Je devais prendre le train pour me rendre chez ma soeur Louise, enfiler ensuite la rue Aurora (joli nom) à Pointe Claire jusqu'à l'avenue de la "Vallée du soleil". Je suis déjà rendue sur le quai 30 minutes d'avance. Je dois prendre le train vers Rigaud-Dorion. On annonce que le train pour Vaudreuil arrivera sur le quai No 1 plutôt que le No 2. On m'a mise en garde (d'abord Louise et aussi une pancarte sur le quai) de ne pas me tromper de train, il en passe plus d'un. Donc je ne bouge pas! Bizarre tout de même, deux trains à la même heure: c'était le même, et je le manque. Grrrr! (Un récent changement d'itinéraire, ce train ne va plus aussi loin qu'avant, mais les indications ne sont pas encore au point.)

Il me reste deux solutions: revenir 2 ou 3 stations avant et prendre l'autobus, et rendue à Pointe Claire descendre à la rue St-Jean. J'ai peur de manquer l'arrêt, de me tromper. Je me dis que le plus simple est plutôt de prendre un taxi pour me rendre directement. J'aurais dû réfléchir plus longuement... Bien mal m'en prit!

Donc j'ai pris un taxi, sans penser qu'un chauffeur de taxi de Montréal ne connait pas les dédales des autres villes. Il était asiatique. Il m'a demandé quel chemin prendre. Mon ton de voix montait: "Je ne sais pas, je ne sais pas". Il savait comment se rendre, voulait me donner le choix... "Je ne sais pas". Je lui dis que j'ai raté mon train, je veux lui expliquer... Il prend la parole, me disant qu'il ne veut entendre que de courtes phrases, très courtes... Re-grrr! C'est parti et mal parti. Son attitude, ses commentaires, me tombent sur les nerfs tout au long du trajet. Je vois le compteur monter, monter... et voilà qu'il veut savoir où je veux me rendre exactement, ça je sais, mais comment: "Je ne sais pas!..." On arrive à Pointe Claire, je trouve que ça m'a coûté assez cher comme ça, je ne veux pas "zigoner" dans la ville. Il me propose de sortir de l'autoroute à la rue Saint-Jean. Je mentionne la rue Aurora: connait pas. Il insiste, sortie Saint-Jean. Je lui demande de me faire descendre juste là, près d'un centre d'achats. La course me coûte 40 dollars, incluant le pourboire, généreux. Il dit "Merci, merci, merci".

Donc pour m'éviter un inconvénient mineur, facilement contournable, je me suis plongée dans une situation pénible et onéreuse pour en arriver au même point. Ce qui me fait penser à cette citation qui dit grosso modo: soit tu vas dans le sens du courant, soit il t'entraîne malgré toi. Pour moi, ce chauffeur oriental, il représente le Soi, qui nous paraît toujours étrange dans son langage et sa façon de nous interpeller. Le chiffre 40 est souvent employé dans un contexte d'attente et/ou d'épreuve: quarantaine, 40 jours de déluge, 40 jours dans le désert, etc. etc.

J'ai eu peur de manquer l'arrêt si je prenais l'autobus, moyen de transport collectif qui oblige à une part d'autonomie (il m'est arrivé un jour, justement dans ce carrefour, de me tromper de direction). J'ai pris un taxi dans l'idée de remettre la responsabilité au chauffeur pour me rendre à bon port. Il m'est arrivé souvent dans la vie de vouloir éviter l'anxiété, le flottement, que provoquent en moi beaucoup de situations. Je réalise bien pourtant à chaque fois que, tout compte fait, il y a toujours quelque chose de positif à retirer de ces événements. J'y trouve mon compte et ça me grandit chaque fois d'un iota.

J'ai lu justement récemment dans la correspondance de Carl Jung: "... l'on peut aisément faire un pas dans une fausse direction... On peut alors se voir incité, sans trop de douceur, à changer d'attitude." Sans trop de douceur, en effet. Dans les jours qui ont suivi, il m'est arrivé une fois d'employer une expression qui ne m'est pourtant pas familière: "De Charybde en Scylla" et dans un livre de Robert Silverberg, j'ai eu peu de temps après l'explication de l'origine de cette expression. J'ai trouvé l'équivalent sur internet:
http://www.expressio.fr/expressions/tomber-de-charybde-en-scylla.php

Une synchronicité qui collait très bien avec cet événement que je venais de vivre! En voulant éviter un danger, se précipiter dans un autre plus grand. Ici, on parlera plutôt de désagrément, bien sûr. Mais ce désagrément prend pour moi valeur de leçon pour la vie en général. Le mot-clé, celui qui me paralyse trop souvent: autonomie. Le Soi nous incite toujours à une rectification de notre attitude consciente quand elle n'est pas adéquate. Le Soi est toujours présent, j'ai la chance d'en avoir des preuves constamment et ça me rassure grandement. Mais chacun de nous est unique et défriche à mesure son chemin à nul autre pareil. Ne dit-on pas très justement: Aide-toi et le ciel t'aidera!

Un grand merci à ce chauffeur de taxi exaspérant qui m'a fait réfléchir à tout ça!

Michelle

3 commentaires:

  1. Et dans le Yi King, 40 c'est l'hexagramme nommé "La libération". En haut TCHEN - l'Éveilleur, le Tonnerre se trouve au-dessus de K'AN – l'Insondable, l'eau (des profondeurs).
    "Le mouvement sort ici du danger" dit le texte. Et plus loin, dans le Jugement, il ajoute :" Il s'agit d'une époque où les tensions et les complications commencent à se résoudre". Puis ailleurs encore: " L'idée de délivrance et de libération est représentée par le fait qu'en haut ou à l'extérieur se tient le trigramme Tchen, le mouvement qui s'éloigne du trigramme inférieur ou intérieur K'an, le danger." L'eau des profondeurs c'est l'inconscient, avec ici l'idée d'inconscience, sans doute, de méconnaissance de soi qui représente un risque, un danger. La lumière de l'éveil à soi-même produit est un mouvement intime qui éloigne de ce danger. La connaissance nouvelle, les prises de conscience nouvelles s'ajoutant au fil du temps les unes aux autres ne cessent de nous éloigner l'une après l'autre du danger d'être noyés par l'eau des profondeurs, par l'inconscient-ce. Oui, comme tu le dis, Michelle, on grandit à chaque fois d'un iota. Cette eau devient ainsi une source d'enrichissement et d'élargissement de notre réalité individuelle. Encore faut-il, comme tu le fais, garder l'œil ouvert, et le bon !

    Amezeg

    RépondreSupprimer
  2. Merci Amezeg d'amener cette intéressante relation avec le Yi-King! Comme dirait mon amie Laurence, je fais feu de tout bois, ce qui me permet de ne pas voir mes erreurs comme un gâchis, mais plutôt comme des occasions d'ouvrir les yeux un peu plus. D'ailleurs j'habite à Longueuil, hi, hi!

    Michelle

    RépondreSupprimer
  3. J'ai apprécié ton récit et aussi le commentaire de Amezeg. À bientôt.

    RépondreSupprimer