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samedi 1 octobre 2011

Le chemin vers Ithaque

C'est moi en Gaspésie en juillet 1978, photo prise par mon ami Steve


Garde toujours Ithaque présente à ton esprit.
Y parvenir est ta destination finale.
Mais ne te hâte pas;
Mieux vaut prolonger ton voyage pendant des années
Et n'aborder dans l'île que
Riche de ce que tu auras appris en chemin.

N'attends pas d'Ithaque d'autres bienfaits.
Ithaque t'a offert un beau voyage.
Sans elle, tu n'aurais jamais pris la route.
Elle t'a tout donné, elle n'a rien de plus à t'apporter.

Et même si, à la fin, tu trouves qu'elle est pauvre,
Ithaque ne t'a pas trompé.
Car tu es devenu un sage, tu as vécu intensément,
Et c'est cela que signifie Ithaque.

Constantin Cavafis, à Alexandrie (1911)
Extrait d'un poème que j'ai trouvé dans "Le zahir" de Paulo Coelho

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J'ai retrouvé ce poème sur Internet, traduit différemment et commenté par Jacques Lacarrière. Voici le lien pour vous permettre de lire poème au complet et commentaires:
http://www.cles.com/dossiers-thematiques/cultures-du-monde/heureux-celui-comme-comme-ulysse/article/le-chemin-vers-ithaque

Extraits des commentaires de Jacques Lacarrière:

"Ithaque n’est ici que le prétexte d’un retour qui devient, par les épreuves traversées, un véritable retour sur soi-même. Loin d’être des obstacles ou des empêchements, ces épreuves deviennent des sources de salut ou de connaissance et c’est pour elles, par elles, que le voyage prend son sens."

"Tout retour vers Ithaque est donc aussi un retour sur nous-mêmes, un apprentissage du monde, des hommes et des monstres qui nous mène en son terme au seuil ou au coeur de la connaissance."

"Quelle que soit la terre qu’il abordera au bout de ses épreuves, elle sera, immanquablement, le pays de sa véritable origine."

Bonne route,


Michelle

vendredi 23 septembre 2011

A propos de la peur

Extrait d'une lettre de Carl Jung au Pasteur Fritz Buri - 10 déc. 1945

"Je n'essaie nullement, en tant que psychothérapeute, de délivrer les patients de la peur. Je les mène jusqu'au fondement de leur peur, là où apparaît clairement sa raison d'être. Si mon patient comprend le langage religieux, je lui dis: N'essaie pas de te dérober à cette peur que Dieu t'a donnée, mais essaie de la supporter jusqu'à ses dernières extrémités. Je sais avec une certitude scientifique que mon patient n'a pas inventé sa peur, qu'elle est suspendue au-dessus de lui. Par qui ou par quoi? Par l'inconnu. Le religieux appelle cet absconditum Dieu; l'intellect scientifique le nomme inconscient."

ooooooooooooooooooooo

Extraits du livre "Le Te de Porcinet" de Benjamin Hoff

"Les impressions désagréables naissent de l'illusion: ainsi, la peur naît de ce qui pourrait arriver (et qui ne s'est pas encore produit); la tristesse de ce qui aurait pu arriver (ce qui ne signifie pas nécessairement: ce qui a pu arriver); et ainsi de suite. Les Porcinets, qui vivent dans la hantise de ce qui va venir, de ce qui ne va pas fonctionner normalement, ou de ce qui risque de se passer s'ils font quelque chose d'insensé, ne peuvent pas agir de façon efficace ni profiter du moment présent. Après coup, en repensant aux événements, ils réalisent qu'ils ne les ont pas vécus pleinement. Et prendre conscience de cela les rend encore plus inadaptés qu'ils ne l'étaient auparavant. Cependant, en raison de leur sensibilité, de leur puissante faculté à mémoriser et à classer les expériences, de leur prudence et de leur inclination naturelle à avancer pas à pas, les Porcinets - bien plus que les Bourriquets, les Tigrous, les Cocos Lapin et les Maîtres Hibou - sont à même de relever les défis et d'accomplir l'impossible, une fois les illusions importunes dissipées."

"A tous égards, Porcinet apparaît comme le plus insignifiant des personnages de Pooh. Toutefois, il est le seul parmi eux à se transformer, à grandir, à devenir plus important qu'il ne l'était au départ. Et à la fin, il occupe la place qui lui revient, non en refusant d'admettre sa petitesse, mais en l'utilisant pour le bien des autres. Il accomplit ce qu'il a à accomplir sans accroître son ego; à l'intérieur, il reste un Tout Petit Animal - même s'il devient un tout Petit Animal d'un autre genre. Dans l'immédiat, cependant, il continue d'hésiter et de rêver."

"Te n'est pas comme le suggère le mot "vertu", qui lui correspond en français, une sorte de comportement ou de qualité convenant pour tout - quelque chose qui serait par essence la même quelle que soit la personne qui la possède. Non, c'est au contraire quelque chose ayant une valeur, une force spirituelle ou un potentiel secret unique chez chaque individu - une qualité qui émane de la nature intérieure des choses."

ooooooooooooooooooooo

"L'important avec les problèmes est ce que nous en faisons."

Et la peur est un problème de taille. Mais grâce à la peur, j'ai entrepris un long périple intérieur. Elle est encore bien présente. Je ne lui en veux pas. Elle m'a incitée à me rencontrer, à me regarder en face, à grandir ... toujours dans l'espoir de lui échapper! Elle m'a même permis, paradoxalement, d'atteindre une certaine sérénité. J'apprécie tous les petits messages qui jalonnent ma vie. Peureuse mais heureuse je suis!

Michelle

jeudi 14 octobre 2010

L'homme à la découverte de son âme - Extraits


‎"Il est vrai que l'on va se demander quel profit le rêveur en obtiendra, puisque, à coup sûr, il ne saurait comprendre son rêve. En guise de réponse, faisons remarquer que la compréhension n'est pas un phénomène purement intellectuel ; l'expérience montre qu'une infinité de choses, incomprises intellectuellement parlant, peuvent influencer, voire convaincre et orienter l'homme de façon décisive."

Jung, L'homme à la découverte de son âme, p.208

"On ne se sent pas tout à fait à son aise tant qu'on ne s'est pas rencontré avec soi-même, tant qu'on ne s'est pas heurté à soi-même ; si l'on n'a pas été en butte à des difficultés intérieures, on demeure à sa propre surface; lorsqu'un être entre en collision avec lui-même, il en éprouve après coup, une impression salutaire qui lui procure du bien-être."

Jung, L'homme à la découverte de son âme, p.309

"...les vieux prêtres-médecins (...) utilisaient ces images archétypiques comme moyen de guérison. Ils faisaient entrevoir à leurs malades ces images consolatrices qui leur découvraient, dans leur isolement et dans leur abandon, que l'humanité entière, depuis toujours, avait participé à leurs douleurs. Ces évocations nous émeuvent et font vibrer quelque chose en nous, qui nous dit que réellement nous ne sommes plus seuls. La philosophie japonaise exprime un aspect de cette idée en disant : "Lorsque tu es seul et que tu crois pouvoir faire ce que tu veux, n'oublie pas le vieux sage qui habite en ton coeur." Ce vieux sage est l'incarnation vivante en nous des images archétypiques. C'est l'homme vieux comme le monde qui, durant deux millions d'années, a vécu la vie humaine avec toutes ses souffrances et toutes ses joies, qui a emmagasiné en lui les images fondamentales de l'existence et qui, au nom de son expérience éternelle, délègue une image qui fait communier avec le fond humain toute situation individuelle, unique en apparence."

Jung, L'homme à la découverte de son âme, p.322
"Comment puis-je aimer autrui si je ne m'aime pas moi-même? Comment être altruiste si on se maltraite soi-même? Lorsque nous traitons notre personne avec la dignité qui lui revient, lorsque nous nous aimons, nous allons de découverte en découverte, nous comprenons ce que nous sommes et ce qu'il importe que nous aimions."

Jung, L'homme à la découverte de son âme, p.330
Merci à Delphine Durand sur Facebook

mercredi 7 avril 2010

Faire feu de tout bois

Photo prise dans le jardin de ma soeur Louise, à Pointe-Claire

J'ai écouté grâce à mon amie Laurence des extraits d'une entrevue avec M. Arnaud Desjardins. Une femme un jour lui a demandé: "Comment peut-on progresser malgré les difficultés quotidiennes?" Et il rétorque: C'est comme si on disait: "Comment monter au premier étage malgré les marches de l'escalier?" La question n'est pas: Comment progresser malgré les difficultés quotidiennes, mais bien: Comment progresser grâce aux difficultés quotidiennes?

M. Desjardins affirme: "La démarche spirituelle proprement dite est la seule entreprise humaine qui ne rencontre jamais d'obstacle ou d'empêchement. Toute situation peut être utilisée pour progresser sur la voie."

C'est tellement vrai! Je l'ai expérimenté durant toutes ces années où le processus d'individuation s'est actualisé en moi, depuis que je tiens en main le fil d'Ariane * de mon cheminement intérieur. Et curieusement, j'en ai pris pleinement conscience... quand soudain je me suis butée sur un mystérieux obstacle, qui s'est exprimé symboliquement ainsi: J'ai d'abord fait un rêve: "Je suis dans un autobus. Il y a là un tout petit bébé. J'ai peur qu'il lui arrive quelque chose parce que sa mère n'est pas là pour le moment. Mais il est très "vif-argent", il court vite. Je l'attrape dans mes bras, mais il s'échappe et court jusqu'en arrière. Je suis à la hauteur du conducteur qui me parle dans une langue étrangère (espagnol?) à propos de l'enfant! Je n'y comprends rien." (23 fév. 2000) Le lendemain, multiple synchronicité toute la journée à propos des langues étrangères. Le 1er mars, à mon travail, un homme me parle au téléphone, il veut nous envoyer son père sourd-muet pour remplir un formulaire sur son état de santé, il viendrait seul et il est illettré!!! Je réfère cet appel à Info-Santé. J'écris ces commentaires: "Ça me fait penser à ces rêves et paroles, dernièrement, en langues étrangères. Décidément, je me trouve présentement, temporairement, dans une fâcheuse position. Heureusement que j'ai aussi l'espoir de dépasser cette "impasse"... mais de quelle façon? L'avenir (proche j'espère) me le dira!" L'homme est venu le lendemain avec son neveu, il s'appelait M. Paradis (para-dit: en effet c'est du para-dit que le langage des signes... surtout sans aucune autre possibilité.)

Le 3 mars, j'ai rêvé que je recevais une femme en consultation comme si j'étais un médecin. C'était pour un suivi de grossesse. Il était question du degré d'ouverture du col de l'utérus, donc l'accouchement était imminent. Une femme médecin est arrivée. Ouf, je me suis sentie soulagée et en même temps mal à l'aise en réalisant que j'avais fait une gaffe en me prenant pour un médecin, que ça n'avait aucun bon sens. Une infirmière m'a dit que certains patients avaient justement des doutes sur notre organisation et que ça n'aiderait pas. Je me suis réveillée, heureuse que ce ne soit qu'un rêve!

J'étais décontenancée mais comme jamais rien n'avait fait entrave à mon progrès, et ce depuis presque vingt ans, je me suis dit que quelque chose ou quelqu'un forcément surviendrait pour me guider. Je ne voyais pas d'autre explication. Et c'est exactement ce qui arrivé quelques jours plus tard. Une femme, une collègue de travail, est entrée en contact avec moi et j'ai vécu grâce à elle ce que j'appellerais une initiation. En parler dépasserait mon propos sur ce blog, qui est de raconter mon cheminement psychologique... Après cette étape singulière qui a duré plusieurs mois et a eu des répercussions permanentes en moi, ma démarche a continué naturellement de la même manière qu'avant.

N'est-il pas éminemment rassurant de savoir qu'il est possible de réellement faire feu de tout bois et de faire confiance à la vie qui sculpte chacun de nous sans relâche à sa façon, si surprenante parfois!

Michelle
7 avril 2010

* A propos de ce fil d'Ariane, je vous invite à lire "Le fil d'Ariane - Regarder la mer"

lundi 25 janvier 2010

Dégager de l'enfance

Maman, Louise et moi au jardin botanique - Je suis la plus petite.
Une des prises de conscience les plus importantes de mon cheminement a été de réaliser que j'étais comme une enfant. En rêve, on m'a même dit: "Comment ça se fait que t'as juste 5 ans." Prendre conscience, c'est plus que juste savoir. C'est réaliser pleinement entre autres ce qu'on projette à l'extérieur: par exemple, qu'on a pris quelqu'un en grippe parce qu'on le trouve "bébé", alors qu'on l'est bien plus que lui. Dans la vie, j'ai peur... peur des démarches, petites ou grandes, des changements, peur d'être "chicanée", peur d'avoir à me défendre, peur de l'autorité (au sens très large du mot).

En 2002, le CLSC où je travaille déménageait. Pendant des mois, j'ai vécu dans la crainte; mes tâches changeaient, et surtout je me retrouvais seule à mon poste (qui consiste à gérer les rendez-vous). J'avais même des fantasmes que la nouvelle bâtisse passe au feu. Bien sûr, je me demandais qu'est-ce que ces changements m'apporteraient. Je lançais la question comme je le fais souvent, pas à Dieu ni à un saint ni à ma mère décédée, mais "en l'air"; je reçois de cette façon beaucoup de réponses à mes interrogations.


J'ai entendu ces paroles clairement dans ma tête:
"Dégager de l'enfance".


Ainsi, ce changement m'aiderait à me dégager de l'enfance. Puisque je me retrouvais seule, je ne pourrais compter que sur moi-même, je n'aurais d'autre choix que de m'exprimer et de me débrouiller. Et c'était bien vrai, me retrouver seule a été bénéfique et même très agréable, finalement.

Par la suite, je me souvenais du sens de ces paroles, mais pas des paroles exactes. Dernièrement, j'ai perdu mon père, Lauréat, décédé le 4 octobre dernier. Ce qui m'oblige à faire certaines démarches, et ça m'amène aussi à m'inquiéter pour des problématiques qui sont remises à plus tard dans le futur, futur qu'on ne peut bien sûr connaître à l'avance, d'autant plus que nous avançons en âge, ma soeur, mon frère et moi. Je me suis demandé récemment: Quelles étaient donc ces paroles qui m'avaient aidée lors du déménagement du CLSC. Sous une impulsion, la semaine dernière, j'ai choisi un de mes cahiers parmi les autres au hasard, j'ai ouvert une page au hasard, et je suis tombée pile sur ces mots, que je vais retenir maintenant: "Dégager de l'enfance".

Voilà une bonne raison de moins m'inquiéter: quoiqu'il arrive, l'expérience que j'en retirerai me servira à quelque chose... le futur quel qu'il soit me mènera plus loin, et m'aidera à me dégager de ce cocon douillet, de ce refuge, de cet état de moindre responsabilité qu'est l'enfance.

Michelle
25 janvier 2010

P.S. Un autre jour, je vous parlerai des bons côtés de l'enfant si vivant en moi!

dimanche 24 janvier 2010

Patience et longueur de temps


Quand j'étais enfant, j'aimais beaucoup un livre illustré qui contenait deux histoires de la Comtesse de Ségur: "Blondine, Bonne-biche et Beau-minon", et "Le bon petit Henri". Blondine se trouve dans une situation désespérée où elle n'a d'autre choix que de monter sur la carapace d'une énorme tortue, et d'y rester pendant un long voyage de six mois sans parler. Ce n'est qu'à ce prix qu'elle retrouvera son bonheur perdu. Le symbole de la tortue illustre bien la nécessité de vivre avec courage jour après jour, pas à pas, le quotidien, même si on rêve de se propulser plus haut et plus loin! Quant à Henri, il a gravi une montagne pour y cueillir au sommet une plante qui guérira sa mère malade, montagne où il rencontre des personnages monstrueux pour qui il doit produire un travail herculéen, juste pour pouvoir continuer sa route. Ici encore, la ténacité est un facteur prédominant.

Blondine, Bonne-biche et Beau-Minon:

Le bon petit Henri:

Bien des années plus tard, j'avais beaucoup de difficulté à supporter la lenteur du cheminement que j'avais entrepris dans l'espoir d'échapper à la peur et de trouver une certaine sérénité! Mon parcours était entrecoupé de périodes d'inflation, quelques jours où enfin je volais au-dessus du quotidien et me sentais si bien... mais avec tous les inconvénients que cela comporte: complexe d'Icare, illusions, gaffes, etc.

Un jour, j'ai rêvé que je ne ferais pas un voyage en Allemagne bientôt, mais que je ferais un voyage autour du Québec au printemps. J'ai interprété ce rêve ainsi: l'Allemagne (que je ne connais pas) symbolise encore pour moi le nazisme. Or, le nazisme personnifie justement l'illusion d'une race supérieure. Donc, mon rêve me disait que je n'atteindrais pas bientôt cet état d'être sans peur, que j'appelais de tous mes voeux (identification au Soi), mais que j'arriverais plutôt à me sentir mieux dans ma peau au bout d'un certain temps, dans mon pays dont je ferais le tour: moi, et ceci au printemps, après le long hiver rigoureux et froid.

Un autre rêve aussi m'exhorta à la patience. J'y voyais un carrelage noir et blanc dans une cuisine. Ce carrelage était recouvert de glace où je voyais des poissons gelés. Je voulais briser la glace, mais on me disait d'attendre que la glace fonde naturellement, au printemps. Bien sûr, pour garder ces poissons en vie, il était essentiel de ne pas chercher à accélérer le processus.

Carl Jung parle de la même chose quand il dit qu'il ne faut pas ouvrir une fleur avec ses doigts. La nature s'y prend doucement, très progressivement, avec toute la délicatesse requise, quand il s'agit d'ouvrir une fleur... ou de parfaire la croissance intérieure d'un être humain.

"Suis l'exemple de la nature, son secret est la patience."
Michelle

jeudi 22 octobre 2009

Vers la simplicité


"L'homme a plusieurs peaux en lui, couvrant les profondeurs de son coeur. L'Homme sait beaucoup de choses mais il ne se connait pas lui-même. Trente ou quarante épaisseurs de peau aussi dures que celle du boeuf ou de l'ours couvrent son âme. Plonge-toi en toi-même et apprends-y à te connaître." Maître Eckart

Ces paroles de Maitre Eckart me font penser à un rêve que j'ai fait en 1979, alors que mon cheminement venait juste de commencer: Je voulais prendre une douche avant de partir pour le travail. Je commençais à me déshabiller; j'enlevais un vêtement, il y en avait encore un dessous, j'enlevais l'autre, il y en avait encore un, j'enlevais mes bas, il y avait une autre paire dessous; je pensais arriver au bout, et j'avais encore et toujours quelque chose sur le dos. J'avais peur d'arriver en retard au travail, et soudain je me retrouve sur mon lieu de travail, épuisée, incapable de travailler. Un patron vient me demander si je veux aller à l'hôpital. Je dis non. J'ai peur qu'il m'y envoie quand même. Une compagne de travail et amie vient me voir, elle compatit à mon sort et me fait asseoir sur un banc de bois. Des collègues qui m'aiment forment une ronde autour de moi. Je suis un peu gênée et émue. A la fin de la ronde, une petite fille blonde s'avance vers moi, elle dit: "Michelle" et vient me faire un câlin.

Quelques années plus tard, j'ai écrit cette phrase qui résume le sens de mon cheminement: "Ce que je cherche, c'est la simplicité cachée sous la complexité des choses!" Cette simplicité est naturellement celle de l'enfant en nous, qui ne s'embarrasse pas de théories et spontanément s'ouvre à la vie. Mais comme le dit Carl Jung: "La simplicité est ce qu'il y a de plus difficile".

Pourquoi difficile? Comme l'alchimiste de Paolo Coelho, nous cherchons aux antipodes le trésor qui se trouve en nous, dans notre maison; nous encombrons notre vie de méthodes, de principes et de raisonnements, alors qu'il nous suffit d'écouter la petite voix intérieure accordée à notre coeur, qui ne se trompe jamais.

Etienne Perrot écrit: "Cette voie est accessible à tous, riches et pauvres, savants et illettrés, mais pour y entrer il faut abdiquer la rigidité superbe de la raison et de la satisfaction de soi. Jung attestait que les patients qui lui avaient donné le plus de mal appartenaient à la catégorie dite des "intellectuels" pour qui toute expérience, toute donnée vitale peut être convertie, par un tour de passe-passe, en matière de discours et de discussion. Ce à quoi je vous convie est un bain de naïveté, de légèreté, de poésie. Le chant de l'âme profonde est poème."

"L'homme accompli n'est pas pour le monde un roi ou un puissant: il ressemble par plus d'un trait à la violette et au coquelicot." Tendre à la simplicité des fleurs des champs, rien n'est plus efficace pour se rapprocher de soi-même et des autres.

Michelle

P.S. Les citations d'Etienne Perrot sont tirées du livre "La voie de la transformation d'après C.G. Jung et l'Alchimie".

samedi 12 septembre 2009

Perfecto mundo


Recherche d'un monde parfait! J'ai d'abord découvert cette expression, "perfecto mundo", dans un livre intitulé "La saison du concours"; un père professeur de kabbale, un fils qui cherche une voie spirituelle hors de la religion juive, une fillette, Elisa, personnage central du livre, qui découvre par son père et ses livres sacrés la vie cachée des lettres et des mots et vit à travers eux une expérience transcendante, et enfin la mère, secrète, effacée, qui au fil des ans, élément par élément, a élaboré à partir d'une foule d'objets subtilisés, un monde étrange et ordonné où elle fuit la réalité, son "perfecto mundo".

Dernièrement, j'ai retrouvé cette expression dans un autre livre: "L'étrange Odd Thomas", de Dean Koontz. Encore une fois, il s'agit d'une mère, une femme fragile qui ne peut supporter les problèmes; elle se réfugie dans son jardin de roses, à l'abri de toutes les vicissitudes, son "perfecto mundo". Elle habite au centre de la vieille ville de "Pico Mundo" (petit monde), où habite aussi son fils Odd, qui dit de sa mère: "Elle ne voulait pas d'amour, ni le mien, ni celui de personne. Elle n'en avait pas à donner en retour. Ma mère ne croit pas en l'amour. L'amour lui fait trop peur, à cause de ce qu'il exige. Elle voulait le bon et l'agréable, des relations légères qui se contentaient de parler de la pluie et du beau temps. Son monde parfait ne comptait qu'une seule habitante!"

Qui n'a jamais rêvé d'un monde où tout se conjugue dans une parfaite harmonie, une paix sans mélange. J'y ai rêvé pendant bien des années! J'aurais voulu éviter tous les problèmes, écarter magiquement les difficultés, tout ce qui m'embarrassait et me faisait peur. J'ai aussi longtemps rêvé qu'un jour, j'arriverais à me sentir toujours à l'aise, jour après jour, sereine, comme il m'est arrivé de le ressentir pendant quelques jours ou quelques semaines, dans un "perfecto mundo" (périodes que Jung appelle inflation). Quel soulagement, quand on se sent complètement à l'abri en Soi, en parfaite harmonie avec la vie!

Mais cette attente de la délivrance nous fige dans le temps, comme l'attente d'un éventuel recommencement du monde, d'un événement ou d'un Être venant nous sauver, d'une aide extérieure, de la date magique où notre monde sera délivré! J'ai fait un rêve un jour où je voyais beaucoup de gens en attente de quelque chose. Leur bagage à côté d'eux, ils étaient prêts, ils attendaient, dans un paysage sombre. Et une jeune fille que je connaissais, Lilia, me demandait: Mais qu'est-ce qu'ils attendent? Je ne lui ai pas répondu, dans le rêve... mais j'ai compris en y repensant, puisque moi-même, comme beaucoup d'autres, j'attendais!

Chacun de nous porte à l'intérieur de soi la clé pour transformer son "pico mundo". Chacun de nous est un petit monde qui ne peut être délivré que par lui-même. Nous aspirons au bonheur, à un monde sans douleur, sans souffrance, un "perfecto mundo", un monde de paix. Si nous voulons le voir éclore un jour, chacun de nous, dans son "pico mundo", a quelque chose d'unique à développer; un petit morceau du grand "puzzle" de l'anima mundi, à découvrir et puis à insérer dans le Tout. Nous seuls pouvons arriver à délivrer cette parcelle de vie unique et originale.

Chacun de nous a pour mission de délivrer son âme des tourments qui l'affligent, avec l'aide de l'anima mundi, Âme du monde, immanente en toute chose. Pour cela, plusieurs moyens sont à notre portée, mais chacun exige une implication personnelle: méditation, travail sur les rêves, écriture, prise de conscience des signes qui jalonnent notre vie, etc. Chacun de nous doit se sauver lui-même, pour qu'au bout du compte l'anima mundi, peu à peu, soit délivrée des maux qui l'enchaînent au coeur de l'humanité. Sur la table d'Emeraude, on peut lire: "Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas". Le macrocosme est comme le microcosme. On ne peut pas changer le Monde, mais on peut changer son petit monde, le libérer, le rajeunir, ce qui aura pour effet de nous rapprocher petit à petit de ce "Perfecto mundo" tant convoité.

Michelle
12 sept. 2009

N.B. Le livre de Myla Goldberg, "La saison du concours", a été adapté au cinéma dans un film intitulé "Les mots retrouvés"
http://www.poesie-amour.com/article957.html

jeudi 6 août 2009

Messages d'espoir

Ce passage du livre d'Etienne Perrot "La voie de la transformation d'après C.G. Jung et l'Alchimie" a été pour moi un constant réconfort sur le chemin de l'individuation.

"Tandis que des êtres mûs par le désir louable de s'affirmer à l'extérieur rencontrent obstacles et revers, on en voit d'autres, paralysés, captivés par l'intérieur et réduits à l'impuissance totale, passer comme par miracle au travers de grosses difficultés, réussir des examens après avoir accepté d'échouer pour se consacrer à ce que leur demandait l'oeuvre, voir leur situation extérieure se stabiliser, s'affermir au prix de hasards incroyables. Si je tiens ce langage, ce n'est évidemment pas pour encourager à la paresse ou à la négligence des devoirs, mais pour rappeler à ceux qui sont engagés dans le labyrinthe et qui en connaissent l'angoisse que des présences secrètes et puissantes veillent sur leur entreprise, car elle importe davantage à l'avenir de l'humanité que l'édification d'une fortune, d'une oeuvre artistique ou littéraire, d'un Empire."

Les paroles de cette chanson de Jacques Michel m'ont aussi accompagnée et aidée à garder espoir:

"Il est long, long, très long, le chemin que j'ai choisi
Il est long, long, si long, qu'il se fond dans l'infini
Il est long, long, très long, le chemin que j'ai franchi
Il est long, long, si long, qu'ils se confond dans l'oubli
Il est long, long, très long, le chemin à parcourir
Il est long, long, si long, qu'il ne semble pas finir
Si je marche depuis longtemps
C'est qu'au bout la joie m'attend
Il est beau, beau, très beau, le soleil qui m'apparaît
Il est beau, beau, si beau que j'avance sans arrêt."
Jacques Michel

dimanche 2 août 2009

Le fil d'Ariane - Projections

"La véritable origine de l'alchimie doit être cherchée moins dans les doctrines philosophiques que dans les expériences que les chercheurs isolés ont faites de la projection. J'entends par là que, pendant qu'il travaillait à ses expériences chimiques, l'adepte vivait certaines expériences psychiques qui lui apparaissaient comme le déroulement propre au processus chimique. Comme il s'agissait de projections, l'alchimiste était naturellement inconscient du fait que l'expérience n'avait rien à voir avec la matière elle-même (ou plutôt avec la matière telle que nous le connaissons aujourd'hui). Il vivait sa projection comme une propriété de la matière. Mais ce qu'il vivait était, en réalité, son propre inconscient. A cet égard, il répétait l'histoire de la connaissance de la nature. Comme nous le savons tous, la science commença par les étoiles et l'humanité découvrit en elles les dominantes de l'inconscient, les "dieux", ainsi que les singulières qualités psychologiques du zodiaque: projection d'une doctrine complète du caractère humain. L'astrologie est une expérience primordiale semblable à l'alchimie. De telles projections se répètent partout où l'homme tente d'explorer un vide obscur qu'il remplit involontairement d'une forme vivante."
Carl Jung, Psychologie et Alchimie

Les humains ont cette formidable faculté de projeter constamment sur le monde extérieur ce qui les habite inconsciemment. Ils l'ont toujours fait, et l'homme moderne n'y échappe pas. Ce qu'il y a de formidable dans la projection, c'est bien sûr la possibilité que nous avons d'en prendre conscience, ce qui nous permet d'intégrer consciemment ces contenus inconscients, ce qui n'est pas chose facile. Maints éléments qui ne pourraient autrement être portés à notre connaissance nous sont ainsi rendus accessibles de différentes façons: par le rêve, bien sûr, qui est une projection de notre monde intérieur sur notre écran psychique. Mais aussi, de mille et une autres façons, dans notre vie quotidienne. Il s'agit de bien observer les liens qui nous relient à notre environnement, et de détecter les indices subtils qui nous mettront la puce à l'oreille. Il s'agit souvent d'une incongruité: par exemple, un préjugé tenace et sans fondement pour un animal en particulier, ou certaines personnalités. Ensuite, il nous reste à explorer ces indices de la manière qui nous convient le mieux. Pour ma part, le média qui m'a permis maintes fois de voir plus loin est l'écriture. Je ne sais pourquoi mais, mon crayon en main, je m'aventure toujours un peu plus loin. Par exemple, quand j'écris un rêve, je pense à des détails et des explications qui ne me viendraient jamais par la pensée seulement. Je ne sais pourquoi, mais je l'ai constaté encore et encore. Je vais vous donner maintenant quelques exemples tirés de ma propre expérience.

Quand j'étais enfant, dans un manuel scolaire sur la bienséance, une image montrait une mère en train d'essuyer le pied d'une fillette. Cette image me mettait mal à l'aise, parce que le pied de cette enfant me paraissait en partie manquant. C'était juste la serviette qui en cachait un bout mais je ne pouvais m'empêcher d'y voir un handicap. Bien des années plus tard, j'ai compris qu'il s'agissait là d'une projection de sentiments d'impuissance, de castration. Les pieds: démarches, avancer dans la vie. De plus, c'est la mère qui tenait la serviette, donc la mère avait un rôle à jouer dans ce problème. Ma mère était une très bonne mère. Elle ressentait ma terreur quand il s'agissait de faire des démarches, de m'expliquer, et très souvent, pour m'éviter cette anxiété, elle le faisait à ma place. Jusqu'au jour où elle m'a dit: Tu es assez grande, tu peux le faire toi-même. Je me souviens encore de mon désarroi! Voilà donc un exemple de l'irruption de l'inconscient dans notre environnement.

Bien sûr, il y a aussi l'animus, complexe autonome correspondant à l'archétype masculin dans la femme. Tant que ce complexe est inconscient, il est projeté soit dans le tempérament de la femme, par exemple par des opinions toutes faites, rigides et non fondées, qu'on clame avec entêtement... Ou encore cet animus est projeté allègrement sur un homme. Et c'est ainsi qu'on "tombe en amour" avec un être qui nous paraît dégager la quintessence de ce qu'on recherche chez un amoureux... sentiment qui se révèle par la suite être une grande illusion, quand la réalité reprend ses droits. Tout ça parce que l'animus, cette dimension masculine si fascinante qui n'a pas trouvé moyen de s'exprimer en soi, est projeté inconsciemment sur un homme qui reflète comme dans un miroir ces qualités qui nous font défaut.

Dans mon cas, j'ai connu ce genre d'amour une fois. Il était sûr et fier de lui, il avait des opinions sur la politique, c'était un beau parleur et, je l'ai compris par la suite, il jouait de son charme pour mieux profiter de ses partenaires. J'ai tout de suite succombé à ce charme, il est venu s'installer chez moi. Au bout de deux semaines environ, je suis tombée de mon nuage, notre vie est devenue un enfer de confrontations sans fin, jusqu'à ce que je monte dans une phase d'inflation: soudain sûre de moi, je lui faisais face ... il s'est sauvé (je ne le blâme pas, il n'est pas le seul à avoir réagi négativement dans ces conditions-là!) et je ne l'ai pas revu pendant plusieurs mois. Quand je l'ai revu, il est revenu s'installer chez moi... mais nous avions peu de contacts, très indépendants. Il ne payait pas sa part. Quand j'ai eu une proposition de co-location avec une amie, j'ai mis mon grand copain à la porte. Il est parti s'établir dans une autre province, alors je ne l'ai vu que deux fois après ce départ.

Malgré moi et malgré son éloignement, j'étais restée sous le charme de cet homme. C'était plus fort que moi. Et ce n'est qu'en 1998, lors d'une visite surprise et alors que je vivais une période très intense dans mon cheminement (une autre période d'inflation mais cette fois-ci beaucoup plus ancrée dans la réalité), que cette projection de mon animus a cessé complètement. Son charme n'opérait plus du tout, au contraire, et il a eu beau me faire des beaux yeux, il ne restait plus rien de la magie du passé. Au cours de mon cheminement, j'avais peu à peu intégré mon animus, j'avais pris confiance en moi, je m'étais fait des opinions solides et bien ancrées, voilà pourquoi j'ai pu finalement me dégager de cette influence.

Je parlais tout à l'heure de préjugés envers certains animaux. Au printemps 96, un matin, en attendant mon autobus, je remarque un oiseau dans un arbre. J'ai toujours eu en quelque sorte un préjugé vis-à-vis des oiseaux. J'avais remarqué en moi une certaine indifférence à leur égard. Dans un zoo, je n'avais pas envie de m'approcher de la section des oiseaux, pourtant je sais qu'il y en a de très beaux. Je ne comprenais pas qu'une personne ait envie d'avoir un oiseau chez elle. Et pourtant j'aime les animaux en général. Alors, ce matin-là, je regarde cet oiseau en me mettant à sa place mentalement, et je ressens son constant frémissement, sa nervosité extrême et je comprends alors que ces défauts qui m'ont tourmentée depuis toujours, la peur, l'anxiété, c'est ce qui me fait voir l'oiseau comme ça; ce n'est qu'une projection qui m'en éloigne. Quelques jours plus tard, j'attends mon autobus avec impatience. En attendant, je vois des petits oiseaux dans l'arbre (le même arbre, juste à côté de l'arrêt d'autobus). Je me dis que ça me donnera le temps de les regarder! C'est ce que j'ai fait. Et à l'autre bout de mon trajet, j'arrivais à pied près du CLSC où je travaille, et, au coin d'une église, juste au carrefour, dans la poussière de la rue, près du trottoir, je trouve un oiseau découpé et très bien dessiné (par une institutrice probablement, c'était près d'une école) un oiseau blanc en papier, un peu sali de poussière. Je le ramasse et je le colle à côté de moi sur mon bureau. En le trouvant, j'ai fait le lien avec les petits oiseaux auxquels j'avais consacré un peu d'attention. La veille, une infirmière qui travaillait avec moi m'avait apporté un T-shirt à elle pour me le donner. Un oiseau et sa cabane sont imprimés dessus. Et en y repensant, je me suis dit que les oiseaux et moi nous avions en commun deux choses positives au moins: le goût du chant... et de s'envoler!

J'ai ressenti pendant un bout de temps un autre préjugé étrange, c'était envers les bébés. Au risque de passer pour quelqu'un de très bizarre, je vous dirai que l'univers des bébés me paraissait démodé et chargé d'odeurs pas très agréables. Je me souviens avoir été interloquée par ces sentiments, dont je ne pouvais me départir. Je n'avais aucune attirance pour ces petits êtres. Et naturellement, il était hors de question que je devienne mère. Peu à peu, ces sentiments négatifs se sont estompés. Mais j'ai gardé le souvenir de cette période où j'avais un préjugé contre les bébés. Et à peu près dans la même période de ma vie où j'ai compris mon préjugé envers les oiseaux, j'ai repensé à ça et me suis exprimée par écrit à ce sujet. J'ai même placé dans mon arbre de Noël, chargé de symboles de toutes sortes, une petite poupée nue, qui venait je ne sais d'où, pour conscientiser ce symbole de bébé. Il m'est alors revenu en tête une fillette de ma famille que je trouvais "bébé", je pensais qu'elle était braillarde, et ne l'aimais pas pour ça. Et comble de malheur, on disait qu'elle me ressemblait! En y repensant, je me suis souvenue de jeux de cartes, où je piquais des rages et pleurais quand mon jeu était dévoilé. Alors j'ai compris le pourquoi de mon préjugé! Le bébé, c'était moi, moi, moi. J'ai toujours été "bébé". J'ai toujours eu des peurs enfantines, j'ai eu beaucoup de difficultés à couper le cordon qui me reliait à ma mère, je me suis sentie plus souvent qu'à mon tour comme une toute petite fille, perdue sans sa maman. Et je n'acceptais pas d'être une enfant, voilà!... Au début des années 2000, je me suis fait dire en rêve: "Comment ça se fait que tu as encore 5 ans!" Maintenant, je l'assume, j'accepte d'être une enfant, avec tout ce que ça comporte: les peurs, la fragilité, mais aussi la joie de vivre, la créativité (au fait, j'ai lu sur un site internet, que ce mot aurait été créé par Carl Jung!!!).

Depuis une couple d'années, j'ai réalisé que quand cet aspect de moi surgit, ce côté bébé, je ressens dans mon visage automatiquement un changement subtil, la résurgence d'une mimique enfantine à peine esquissée, mais que je sais maintenant reconnaître.

Il s'agit de quelques exemples parmi beaucoup d'autres, ceux que je garde en mémoire, qui me reviennent à l'esprit parce qu'ils ont été importants pour moi. Quelle chance d'avoir à notre portée ces indices qui nous permettent de nous reconnaître dans les mille et une facettes du monde qui nous entoure; ce monde dans lequel l'esprit se regarde et peut ainsi réfléchir sur Soi.

Comme le dit Victor Hugo: « Chose inouïe, c’est au-dedans de soi qu’il faut regarder le dehors - le profond miroir sombre est au-dedans de l’homme - là est le clair-obscur terrible... en nous penchant sur ce puits, nous y apercevons à une distance d’abîme, dans un cercle étroit, le monde immense... »

Michelle
2 août 2009

P.S. Au sujet de l'astrologie, j'ai trouvé un article très intéressant:
Science et Astrologie : Une approche Transdisciplinaire par Alain Nègre
http://cura.free.fr/quinq/01negre.html

vendredi 17 juillet 2009

Individu - individualité - individuation

Extraits du livre "Types psychologiques" de Carl G. Jung - Dernier chapitre: Définitions

INDIVIDU

L’individu est l’être pris à part; l’individu psychologique est caractérisé par sa psychologie singulière et, jusqu’à un certain point, unique en son genre. L’originalité de la psyché individuelle se reconnaît moins à ses éléments qu’à ses productions complexes. L’individu, l’individualité psychologique, existe inconsciemment a priori; elle n’existe consciemment que dans la mesure où le sujet a conscience de son originalité, c’est-à-dire de ce qui le distingue d’autrui. L’individualité psychique est une donnée corrélative de l’individualité physique; mais, comme je l’ai déjà dit, elle est tout d’abord inconsciente. Un processus conscient de différenciation, l’individuation, est nécessaire pour rendre consciente l’individualité, autrement dit, pour la faire ressortir de l’identité à l’objet. L’identité à l’objet équivaut pour l’individualité à l’inconscience; or tant qu’elle est inconsciente, il n’y a point d’individu psychologique mais une simple psychologie collective du conscient. L’individualité inconsciente est alors identique à l’objet, elle est projetée sur lui; par suite, l’objet a une valeur exagérée et son influence déterminante est trop puissante.

(J'ajouterais que ce processus d'individuation est un processus naturel, et je pense que pour certaines personnes cette conscience d'eux-mêmes est innée; je pense notamment aux enfants Indigo. Michelle)

INDIVIDUALITÉ

C’est l’originalité et la particularité de l’individu sous tous les rapports psychologiques. Est individuel tout ce qui n’est point collectif, ce qui n’appartient qu’à un seul et non à un groupe. On ne saurait parler de l’individualité des éléments psychologiques, mais seulement de celle de leur groupement, ou d’une combinaison d’éléments originale et unique en son genre.

INDIVIDUATION

Le concept d’individuation est particulièrement important en psychologie analytique. Généralement parlant, c’est le processus de formation et de particularisation de l’individu ; plus spécialement de l’individu psychologique comme être distinct de l’ensemble, de la psychologie collective. L’individuation est donc un processus de différenciation qui a pour but de développer la personnalité individuelle. Cette individuation est une nécessité naturelle, puisque l’entraver par des réglementations rigides ou même exclusives, selon des normes collectives, porterait un grave préjudice à l’activité vitale de l’individu. Or l’individualité est déjà donnée physiquement et physiologiquement ; de là découle son expression psychologique correspondante ; entraver son développement équivaut à estropier artificiellement le sujet. Or un groupe social composé d’unités estropiées ne pourrait être une institution sainte ni viable ; seule la société qui peut à la fois conserver sa cohésion intime, ses valeurs collectives et accorder à l’individu la plus grande liberté possible peut espérer une vitalité durable ; l’individu n’est pas seulement unité, son existence même présuppose des rapports collectifs ; aussi le processus d’individuation ne mène-t-il pas à l’isolement, mais à une cohésion collective plus intensive et plus universelle.

Le processus psychologique d’individuation est étroitement lié à la fonction dite transcendante qui détermine les lignes individuelles de développement que l’on ne saurait atteindre par la seule voie des normes collectives...

L’individuation est toujours plus ou moins en opposition avec la norme collective, puisqu’elle est séparation et différenciation de l’ensemble, formation de l’originalité, non d’une originalité recherchée, mais de celle qui est donnée à priori dans la disposition du sujet. Cependant son opposition à la norme collective n’est qu’apparente : à y regarder de plus près, on remarque que le point de vue individuel n’est pas opposé à la norme collective ; il a simplement une autre orientation. D’ailleurs, une voie individuelle ne peut à vrai dire jamais s’opposer à la norme collective ; seule une autre norme pourrait le faire. Or une voie individuelle n’est jamais une norme ; celle-ci est toujours le résultat de l’ensemble des voies

jeudi 16 juillet 2009

Le fil d'Ariane - Regarder la mer


Durant les années 70, j'ai continué à dessiner et à écrire. Et bien sûr, j'ai aussi vécu. C'étaient des années très riches musicalement, spirituellement, des années de changement, remplies de promesses! J'écrivais surtout mes rêves, je les écrivais tous... Il faut dire qu'il suffit de s'intéresser activement à nos rêves pour s'en rappeler de plus en plus au réveil. Résultat: C'était un peu trop, hi, hi! Je trouvais à peine le temps de les noter. C'est comme si on voulait noter dans notre journal tout ce qui nous arrive dans une journée. Ouf! Après, j'ai décidé de ne noter que ceux qui me "parlaient", qui me paraissaient importants. En février 1976, j'ai commencé à travailler dans un C.L.S.C. et à me sentir utile à la communauté. Fin août 1981, je suis "tombée" en amour avec un homme qui était d'avance un ami cher à mon coeur; un homme qui avait une riche vie intérieure, qui aimait dessiner entre autres ses rêves... C'était un beau partage et un tremplin pour moi.
Mais il me manquait quelque chose, je m'ennuyais, je me nourrissais d'illusions sur ce que je pourrais faire si seulement j'en avais l'occasion. J'avais de beaux rêves de partage mais je ne savais comment les concrétiser, quel chemin prendre. En 1974, je m'étais promis de progresser et j'avais l'impression de stagner intérieurement. C'est ce qu'on appelle en alchimie la "Nigredo", l'oeuvre au noir. C'est alors que (en octobre 1982) j'ai trouvé un pamphlet sur une table à l'accueil du CLSC: Solidarité-Psychiatrie, et au programme des "Discussions autour de la folie". Wow, ça m'intéressait. Je suis devenue membre de ce groupe d'entr'aide en santé mentale. Je me suis fait des amis... et j'ai aussi été confrontée à mon ombre, mes problèmes de communication. C'est alors que j'ai écrit ce poème rempli d'anxiété, un cri du coeur: "Caricature de soleil".

Quelques mois plus tard, j'ai fait une petite gaffe et je m'efforçais de ne pas y penser (j'y pensais tout le temps), je me suis couchée sur mon lit, me suis détendue, et c'est là que j'ai enfin tenu entre mes mains le début du fil d'Ariane qui devait déterminer tout le reste de ma vie. Une voix m'a parlé à l'oreille, elle a dit: "Penses-y deux jours..." D'où venait-elle? De mon subconscient? D'un guide? Je ne sais pas! Mais c'était une vraie voix. Et c'était très surprenant et étrange. On a l'habitude d'images hypnagogiques, chacun de nous en a fait l'expérience, mais entendre une voix nous parler, c'est plus inhabituel, et ça fait un peu sursauter, la première fois! Y penser deux jours, ça voulait dire de ne pas essayer de ne pas y penser; et qu'après deux jours... je l'ai constaté maintes fois par la suite, même quand il s'agit d'une grosse gaffe, on peut passer à autre chose, on peut continuer, cet incident fait désormais partie du passé.

Pas longtemps après ce premier "contact", et dans le même état d'être, allongée et détendue, j'ai entendu: "L'attente vaut mille mots." Cette phrase m'a inspiré le poème: L'attente, que voici:
Et puis, j'ai entendu un matin un prénom dans ma tête: "Noémie". Comme je ne connais pas de Noémie, j'ai pensé à ce prénom phonétiquement, et j'ai pensé: "No way me", moi qui n'ai pas de chemin... et tout de suite après, j'ai pensé: "Know way me". Ah, cette fois, c'est plus encourageant: Moi qui connais le chemin. L'inconscient souvent s'exprime de cette façon notamment dans les rêves, c'est ce qu'on appelle la langue des oiseaux. Je vous en parlerai plus en détails une prochaine fois.

Par la suite, jamais cette guidance ne m'a fait défaut. Si j'avais une interrogation, si j'avais besoin d'un conseil, je posais ma question intérieurement, et la plupart du temps, j'avais une réponse, sous une forme ou une autre. Et c'est encore le cas aujourd'hui. L'inconscient ne demande qu'à établir un contact, c'est nous qui bloquons involontairement ce contact, parce que le mental en nous prend souvent toute la place. J'ai compris après de nombreuses années que cet état d'être, ce lâcher prise, qui permet de faire place au flux vivant de l'inconscient est ce qu'on appelle la méditation. Mais contrairement à ce qu'on préconise la plupart du temps quand on parle de méthodes de méditation, loin de laisser passer les images et le verbe sans m'en préoccuper, j'ai pris l'habitude de noter tout ce que je pouvais noter. La nuit, j'avais toujours à côté de moi de quoi écrire. Pendant quelques années, je pouvais souvent, le matin surtout, être dans cet état pendant une heure, et noter à mesure ce qui venait, pour ensuite me replonger dans cet état. J'ai plus de difficultés maintenant... Mais ce que Jung appelle le processus d'individuation proprement dit, je l'ai vécu jusqu'au bout, et ensuite, une voix m'a dit que je pouvais cesser de tout noter... ce n'était plus nécessaire.

Bien sûr, la fin de ce processus n'est pas la fin du cheminement, qui lui ne se termine jamais. On passe simplement à autre chose. Le processus d'individuation permet d'arriver à se connaître assez pour arrêter de projeter à l'extérieur ce qui se passe à l'intérieur de nous. C'est très long! Entre le moment où je me suis décidée à entreprendre seule mon cheminement et la période où j'ai vu deux images mentales à propos d'une cité qui était presque terminée, il s'est passé 25 ans.

Un jour, j'ai entendu ceci: "Si les hommes savaient ce qui arrive (OU * ce qui se passe) lorsqu'ils regardent la mer, ils la regarderaient tout le temps". Pour moi, cette phrase signifie: Si les hommes savaient ce qui se passe en eux quand ils sont en contact avec l'inconscient, qui comme la mer regorge de richesses et de mystères (la mer est couramment un symbole de l'inconscient), ils entretiendraient ce contact précieusement... ils tiendraient solidement en matin ce fil d'Ariane qui nous permet de ne pas se perdre dans les dédales de la vie! C'est la grâce que je vous souhaite sincèrement!

Amicalement,
Michelle
* Je sais, ce "OU" est déconcertant! Mais il faut dire que cette "intrusion" de l'inconscient dans le conscient prend toujours par surprise, et le temps de se la répéter... et de l'écrire, la phrase est souvent moins précise qu'on le voudrait. Ainsi, mes cahiers sont truffés de ces imprécisions un peu agaçantes. Cependant, voyez comme les deux "versions" sont subtilement différentes: "ce qui arrive", ce qui surgit, survient, OU "ce qui se passe", qui suggère une modification (de l'énergie?). Dans une réaction chimique, "ce qui arrive" serait le précipité ou la fumée qui ressort d'un mélange, et "ce qui se passe" serait un changement de sa couleur, de sa texture, etc.

lundi 13 juillet 2009

Le fil d'Ariane - Les fantômes de mon passé


Pour vous faire comprendre ce qui m'a poussée à entreprendre un tel cheminement, voici des extraits de mes premiers textes, où je décris mes états d'âme et d'esprit. Ils ont été écrits en 1973 ou 1974; j'avais 22 ou 23 ans.

"J'ai peur du hasard, peur d'être surprise dans ma fragilité, je voudrais être invisible et n'avoir rien à faire avec la société." "Chaque action que je fais me paraît une montagne, comme chaque opinion que j'émets. Une discussion prend l'allure d'une bataille où je prends l'autre pour un ennemi qu'il me faut soumettre pour ne pas me sentir méprisée, et si je me sens vainqueur, j'ai pourtant le même sentiment."

"J'ai tellement toujours peur de faire une erreur, si petite soit-elle, que ma vie est jusqu'ici un échec complet, une éternelle recherche pour devenir parfaite. Comme si devenir parfaite pouvait m'attirer l'amitié et l'amour." "Je ressens une terreur intense que les adultes m'en veulent et me rejettent, constamment je suis en proie aux remords et à l'angoisse d'avoir choqué quelqu'un. Je me sais inhumaine, je me ressens comme un contenant sans contenu et qui doit constamment guetter ses réactions; au lieu de me laisser aller à mes impulsions, je me sens toujours en danger de ne pas correspondre à l'image que je veux donner de moi. J'ai peur toujours peur de faire du mal autour de moi et cette peur me met dans une situation tragique, je me sens comme une enfant, qui doit constamment faire taire ses instincts, ses impulsions, pour ne pas choquer ses parents." "A l'école, je me sentais transparente, comme si chacune de mes réactions intérieures, chacune de mes pensées, était visible de l'extérieur."

"Je voudrais parcourir les routes sombres de mon cerveau et déchiffrer les terres de ma pensée inquiète. J'aimerais y faire germer une volonté d'amour et sans regret brûler ce qui y traîne de déchets et de faux pantins qui me font défaillir."


Mais malgré tout il y a de l'espoir. Je vous ai parlé de mon rêve d'enfance.
http://le-chemin-au-dela.blogspot.com/2009/07/le-fil-dariane-debut-de-mon-aventure.html
Voici le poème que j'ai composé en 1974, inspiré par ce rêve.

Je l'ai un peu modifié en 1986, en vue de participer à un concours.

LA GRANDE AVENTURE

Laissant là mon passé et lui disant adieu,
je marche sans regrets vers une montagne obscure.
Je perçois dans cette masse une lueur fébrile,
qui m'attire en son sein comme vers un aimant.
Tournant le dos au nid qui m'a jadis gardée,
dont la chaleur m'a protégée, enveloppée,
j'enfonce dans la noirceur de mon âme inquiète.
J'y pressens des trésors de bonheur, et pourtant,
je prévois les dangers et la mort qui me guettent.
Car on ne peut franchir sans larmes ce lieu troublant,
ce lieu où j'entrevois des images oubliées,
où je dois m'enfoncer et où je veux surprendre
chacune de mes pensées dans son sombre repaire,
pour retracer la source et la raison première,
afin d'en ressentir intensément la peur,
aussi bien que l'espoir de revivre l'ardeur,
après ces faux délires qui s'emparent de moi
et qui m'empêchent ainsi de continuer mes pas
vers ce lieu de refuge où je vais concevoir
un enfant qui est moi, qui se reconnaîtra.
Je pars avec pour tout bagage un peu d'espoir,
et la certitude que demain sera moins noir,
si déjà je l'affronte malgré ma peur de moi,
et si dans les chemins obscurs de la montagne,
je peux garder toujours près de moi et en moi
l'amour du vrai, du moi vivant naturellement.
J'affronte sur mon chemin les puissances du passé,
je rampe dans les voies sans y voir, en tremblant,
mes yeux sont impuissants, le sentiment absent;
entre les découvertes, mon désespoir afflue,
mais je monterai sans cesse jusqu'au cratère,
et poussée par le feu de mon attente brûlante,
de mes angoisses, de mon espoir et de ma peur,
sans lancer un regard aux trésors découverts,
afin d'être moi-même enfin j'émergerai,
le coeur toujours brûlant et les yeux bien ouverts,
entourée d'herbe tendre et d'un lit de lumière,
en haut de la montagne et tout près du soleil.
Renaître un jour enfin après ce long exil!
Je pourrai exister, danser, vivre et chanter,
crier sans fausse honte, crier ma joie d'aimer.

Michelle

jeudi 9 juillet 2009

Le fil d'Ariane - Début de mon aventure

Quand j'étais enfant, j'ai fait le même rêve plus d'une fois. J'habitais sur une ferme, je disais adieu à la ferme (dans un de ces rêves, à un cheval en particulier), et accompagnée d'un ours qui marchait comme un humain mais ne me parlait pas, je m'enfonçais dans un tunnel étroit à la base d'une montagne. Et puis nous progressions ensemble dans le noir, à quatre pattes. Puis nous arrivions dans une pièce (grotte? ça ressemblait plutôt à une pièce creusée dans la pierre). Là se trouvaient des tables, bureaux. Sur ces meubles se trouvaient des petits contenants: petits pots, coffrets, petites fioles. Et je regardais dans chacun de ces contenants, et chaque fois j'avais une surprise qui m'enthousiasmait. Je n'en voyais jamais le contenu, je veux dire que le moi du rêve seulement le voyait. Et puis je continuais à marcher dans un tunnel étroit, à quatre pattes, avec l'ours comme compagnon. Et j'arrivais encore dans une pièce où je faisais encore des découvertes et ainsi de suite... Le bonheur était dans chacune de ces découvertes et non dans un aboutissement... qui n'arrivait jamais.

Ce rêve était précurseur du cheminement intérieur que j'ai entrepris (ou qui m'a entreprise) à l'âge adulte. Enfin, ce qu'on appelle l'âge adulte! (Quant à moi, j'ai "grandi" sans jamais me sentir devenir une "madame"). A l'âge de 20 ans, j'ai quitté la maison familiale. Et c'est là que mes angoisses, mes peurs se sont amplifiées. Quand je pensais à mon avenir, je voyais un grand tourbillon noir, comme un cyclone. J'avais de drôles d'idées, comme un désir d'être paralysée, pour ne jamais avoir à prendre des décisions, qu'on me prenne en mains. J'ai consulté une psychologue, commençant une thérapie individuelle qui a duré environ cinq mois. C'est là que j'ai appris les rudiments de la psychologie. J'ai compris que je n'étais consciente que d'une petite partie de ce que j'étais, et que je me "bluffais" sur moi-même. Je me souviens que je sortais de ces rencontres plus légère. Enfin, je commençais à comprendre comment l'esprit humain fonctionnait, et le mien en particulier. On m'a proposé une thérapie de groupe, j'y ai participé quelque temps, mais ensuite j'ai quitté... bien décidée à entreprendre mon propre cheminement. La clé était de prendre conscience, de ne rien "laisser passer" dans la mesure du possible, de travailler sur soi.

Je venais de commencer à dessiner, à écrire. J'étais remplie de bonne volonté. Je suis autodidacte. Je n'ai pas pris de cours. J'y suis allée franchement, d'abord maladroitement, et ensuite j'ai trouvé peu à peu mon style. Par exemple, mes premiers dessins étaient ceux d'un enfant, je dessinais n'importe quoi, faisant fi de l'esthétique et de la perspective. C'est en dessinant que j'ai appris à dessiner, à ma manière. Et ce qui en est sorti m'a vite étonnée!
Un de mes premiers sujets d'écriture a été le rêve que je viens de vous raconter, mon premier long poème. J'écrivais aussi sur mes états d'âme, mes peurs, mes souhaits. Le dessin et l'écriture ont été très importants pour moi. Ma créativité m'a permis de me découvrir dans ma singularité, mon originalité et de commencer à m'aimer!

vendredi 12 juin 2009

La grande erreur des spiritualistes

"Pour comprendre comment les énergies psychiques circulent et travaillent dans l’homme, il faut observer comment elles circulent et travaillent dans la nature. Regardez un arbre : plus son tronc et ses branches s’élèvent, plus ses racines s’enfoncent profondément dans le sol. C’est un système de compensation que l’on retrouve dans tous les plans, qu’ils soient physique, psychique ou spirituel. Donc, plus l’homme tend à s’élever dans sa conscience, plus il descend dans son subconscient. Chaque niveau de conscience représente des courants, des forces, des entités, et il doit veiller à tenir ces deux mondes en équilibre.

La grande erreur de ceux qui décident d’embrasser la vie spirituelle, c’est de négliger la réalité du monde obscur qu’ils portent en eux. Ils s’imaginent qu’il suffit de vouloir travailler pour la lumière, de vouloir être sages, justes et désintéressés pour y parvenir effectivement. Eh non, malheureusement non. Et c’est ainsi que l’on voit des personnes parler d’amour spirituel, de sentiments nobles et désintéressés, alors qu’elles vivent dans le désordre des passions. Et d’autres s’imaginent qu’elles se sont consacrées à un idéal, alors qu’en réalité elles sont en train de donner libre cours à leur vanité, à leur besoin de dominer les autres.

Vous direz : « Mais pourquoi ? Elles sont hypocrites, elles manquent de sincérité ? » Non,
Il peut y avoir chez elles de réelles aspirations spirituelles ; seulement il ne suffit pas d’ « aspirer » pour réaliser ! Et si l’on ne fait pas l’effort d’entrer en soi-même pour comprendre les structures et les mécanismes du psychisme humain, on va au devant des pires contradictions."


Omraam Mikhaël Aïvanhov

dimanche 7 juin 2009

Dépassement

Extraits du livre "Commentaire sur le Mystère de la Fleur d'Or", de Carl Gustav Jung

"J'ai toujours travaillé avec la conviction innée qu'il n'existe pas au fond de problème insoluble. Et l'expérience m'a donné raison en ce sens que la plupart du temps j'ai vu comment des individus dépassaient un problème sur lequel d'autres s'étaient irrémédiablement brisés. Ce "dépassement", comme je l'ai d'abord appelé, s'avéra être à l'expérience une élévation du niveau de la conscience. Quelque intérêt plus élevé et plus vaste faisait son apparition à l'horizon et cet élargissement ôtait au problème de son caractère oppressant. Il n'était pas résolu en lui-même de façon logique, mais il pâlissait devant une direction vitale nouvelle et plus forte. Il n'était pas refoulé ou rendu inconscient, mais il apparaissait simplement dans une lumière différente et, ainsi devenait également différent. Ce qui, à un stade inférieur, avait donné lieu aux conflits les plus âpres et à des explosions paniques de l'affectivité, apparaissait maintenant, considéré d'un niveau supérieur de la personnalité, comme un orage dans la vallée contemplé du sommet d'une montagne. L'orage n'est nullement dépouillé de sa réalité, mais on est désormais au-dessus et non plus dedans."

"Il est arrivé de temps à autre dans ma pratique qu'un individu se dépasse lui-même en raison de possibilités obscures, et cela a été pour moi la plus riche des expériences. J'avais en effet appris entretemps que les problèmes vitaux les plus graves et les plus importants sont tous, au fond, insolubles, et ils doivent l'être, car ils expriment la polarité nécessaire qui est immanente à tout système d'autorégulation. Ils ne peuvent jamais être résolus, mais seulement dépassés. Je me suis donc demandé si cette possibilité de dépassement, c'est-à-dire d'évolution psychique plus poussée, n'était pas en définitive la donnée normale et si le fait de demeurer fixé à ou dans un conflit n'était pas ce qu'il y avait de pathologique. Tout homme doit posséder ce degré supérieur, au moins sous forme de germe, et pouvoir développer cette possibilité moyennant des circonstances favorables. En observant le processus d'évolution de ceux qui se dépassaient eux-même en silence et comme inconsciemment, je vis que leur destin avait un trait commun: la nouveauté venait à eux de possibilités obscures, ils l'acceptaient et se dépassaient grâce à elle... Pourtant elle (la nouveauté) n'était jamais provoquée de façon intentionnelle et consciente, mais elle s'avançait, portée sur le fleuve du temps.

La tentation d'introduire partout un dessein et une méthode me paraît si grande que je m'exprime délibérément d'une façon très abstraite pour ne rien préjuger, car la nouveauté ne doit être ni ceci ni cela, sinon on en fait une recette que l'on peut multiplier "machinalement", et ce serait alors une fois de plus le "moyen juste" dans les mains de l'"homme de travers". J'ai en effet été impressionné au plus profond de moi-même en constatant que la nouveauté ne correspond que rarement ou jamais à l'attente consciente et, chose plus remarquable encore, qu'elle contredit également les instincts enracinés tels que nous les connaissons, tout en constituant pourtant une expression singulièrement pertinente de la personnalité, expression dont on n'eût pu imaginer une forme plus complète.

Et que faisaient ces gens pour réaliser le progrès libérateur? Autant que j'aie pu voir, ils ne faisaient rien (wou wei), mais laissaient advenir: ainsi que le maître Lu Tsou l'indique dans notre texte (Le Mystère de la Fleur d'Or), la lumière tourne suivant sa propre loi si l'on ne cesse pas d'exercer ses occupations habituelles. Le "laisser advenir", l'action non agissante, l'abandon de maître Eckhart est devenu pour moi la clé permettant d'ouvrir les portes qui mènent à la voie: dans le domaine psychique, il faut pouvoir laisser advenir. C'est pour nous un art véritable auquel quantité de gens ne comprennent rien: leur conscient ne cesse d'aider, de corriger et de nier, de multiplier les interférences et, dans tous les cas, il ne peut laisser en paix le pur déroulement du processus psychique. La tâche serait assez simple, si la simplicité n'était pas ce qu'il y a de plus difficile."

Carl Jung, Commentaire sur le Mystère de la Fleur d'Or, Editions Albin Michel

mardi 2 juin 2009

La fontaine

"Bonjour, dit le petit prince.

Bonjour, dit le marchand."

C’était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l’on n’éprouve plus le besoin de boire. "Pourquoi vends-tu ça ? dit le petit prince.

C’est une grosse économie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On épargne cinquante-trois minutes par semaine.

Et que fait-on de ces cinquante-trois minutes ?


On en fait ce que l’on veut..."

"Moi, se dit le petit prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine..."


Antoine de Saint-Exupéry

Mes commentaires:

Nous cherchons des moyens rapides, faciles, pour apaiser notre soif... soif de vivre, soif de connaissance, soif de plénitude, etc... Mais c'est justement cette soif qui nous incite à entreprendre un cheminement, et un cheminement, ça se vit pas à pas; c'est ainsi qu'on s'enrichit intérieurement. Un escalier se monte marche après marche. Pour ma part, l'aiguillon qui m'a poussée à entreprendre ce long processus que Jung appelle le processus d'individuation, c'est la peur. Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours été "asticotée" par la peur: peur du futur, peur des autres, etc., ma plus grande peur étant... de toujours avoir peur. C'est pourquoi j'ai entrepris ce long voyage intérieur. Je lui dois une fière chandelle à la peur, je la remercie haut et fort; parce que sans elle, j'aurais passé à côté de la vie! Prenons une balance: sur un des plateaux, mes peurs, sur l'autre plateau, au départ, pas grand chose; et puis petit à petit se sont accumulées des découvertes, des joies, des relations amicales, des expériences... Un équilibre s'est construit. Contre la peur, je me suis bâti une confiance! Avoir soif... c'est ce qui nous amène pas à pas vers la fontaine!

Michelle



jeudi 28 mai 2009

La méthode constructive

Tiré du livre "Types psychologiques", de C.G. Jung
Chapitre des "Définitions"

Le terme de « constructif » insiste sur l’idée de construire. Par « constructif », je désigne une méthode qui est à l’opposé de la méthode réductive. La méthode constructive s’applique à l’élaboration des matériaux inconscients, rêves, imaginations, etc… Son point de départ est la production inconsciente qu’elle considère comme une expression symbolique qui anticipe en image un fragment du développement psychologique. Moeder attribue même à l’inconcient une fonction prospective proprement dite qui anticiperait, comme en se jouant, le développement psychologique futur. Adler aussi reconnaït à l’inconscient une fonction anticipatrice. Il est certain qu’il ne faut pas se contenter de considérer les produits de l’inconscient uniquement comme quelque chos d’accompli, qui a été fait, qui est devenu, comme des élaborations en quelque sorte terminales, car ce serait leur dénier toute signification en rapport avec l’évolution de l’existence. Freud lui-même reconnaït au rêve un rôle téléologique, au moins en tant que « protecteur du sommeil », tout en réduisant pour l’essentiel aux seuls « désirs » sa fonction prospectrice. Cependant, on ne peut nier a priori le caractère finaliste des tendances inconscientes, par analogie avec d’autres fonctions psychologiques ou physiologiques. C’est pourquoi nous considérons le produit de l’inconscient comme une expression orientée vers un but ou une intention qu’il caractérise en langage symbolique. Conformément à cette conception, la méthode constructive ne s’occupe pas des sources proprement dites, ni des éléments originels du produit de l’inconscient; elle cherche une traduction claire et compréhensible en général de la création symbolique. Les associations libres qui viennent à l’esprit à propos du produit inconscient sont donc examinées moins sous l’angle de leur provenance possible que par rapport à un but éventuel qu’elles indiqueraient;on les envisage au point de vue du faire et du non-faire futurs; leur relation avec l’état momentané du conscient doit tout particulièrement être prise en considération, car, selon la conception compensatrice, l’activité inconsciente contrebalance toujours l’état du conscient ou le complète. Comme il s’agit ici d’une préorientation, le rapport réel à l’objet a beaucoup moins d’importance que pour la méthode réductive qui s’occupe de rapports qui ont réellement existé. Ce dont il s’agit, c’est surtout de l’attitude subjective où l’objet est avant tout un indice des tendances du sujet. La méthode constructive cherche donc à établir le sens du produit inconscient pour l’attitude future du sujet. Or l’inconscient ne pouvant, dans la règle, créer que des expressions symboliques, la méthode en question sert à élucider le sens de ces expressions de telle sorte qu’on en puisse tirer une indication qui mettrait la conscience dans la bonne voie; elle procure donc au sujet cet accord avec l’inconscient dont il a besoin pour agir.

Aucune méthode d’interprétation psychologique ne peut se fonder uniquement sur les associations de l’analysé : la méthode constructive elle aussi recourt à certains éléments de comparaison. L’interprétation réductive emprunte les siens à la biologie, à la physiologie, au folklore, à la littérature ou ailleurs; de même le procédé constructif pour traiter des problèmes intellectuels recourt aux faits parallèles que présente la philosophie, et à ceux de la mythologie et de l’histoire des religions quand il s’agit des problèmes de l’intuition.

La méthode constructive est forcément individualiste parce qu’une attitude collective future ne se développe qu’en partant de l’individu. Au contraire la méthode réductive, ramenant tout fait individuel à l’attitude ou au fait fondamental et général, est collective. On peut soi-même appliquer la méthode constructive à ses matériaux subjectifs; elle devient alors une méthode intuitive affectée à l’élaboration du sens général du produit inconscient. Cette élaboration se fait par enchaînement associatif de matériaux qui enrichissent et approfondissent l’expression symbolique (par exemple : le rêve) de telle sorte qu’elle atteint la clarté qui en permet la compréhension consciente. Enrichie et approfondie de la sorte, l’expression symbolique se trouve placée au sein de connexions plus générales qui en permettent l’assimilation.