dimanche 23 mai 2010

L'être individué


Extraits d'une lettre de Carl Jung au Pr. Henry A. Murray

"Vos questions sur l'individuation et l'individu sont hautement philosophiques et retiennent l'attention. C'est tout à fait juste: je n'ai jamais décrit un "être individué", pour cette simple raison que personne ne comprendrait pourquoi je le décris, et que la plupart des lecteurs s'ennuieraient à mourir. Je ne suis pas non plus assez bon écrivain pour pouvoir en dessiner une image réellement satisfaisante. Un génie comme Goethe ou Shakespeare serait peut-être en mesure de décrire l'éclat, la beauté et la complétude divine d'un vieux chêne individué ou la bizarrerie d'un cactus à nul autre semblable. Mais si un homme de science s'y aventurait, personne ne le comprendrait ni ne lui en saurait gré. La science s'occupe seulement de représenter un chêne ou un cheval ou un homme dans ce qu'ils ont de conforme à la moyenne, et non pas dans leur unicité."
"L'être individué est un être tout ordinaire, et pour cette raison presque invisible. Tous les critères de l'individuation sont nécessairement subjectifs et étrangers aux finalités de la science. Vous demandez quels sont les sentiments de l’être individué, son système de valeurs, ses pensées, ses activités et ses rapports au monde environnant. Eh bien, ses sentiments, ses pensées, etc., sont les sentiments, les pensées, etc., de tout le monde: tout à fait ordinaires et sans intérêt, sauf si le hasard fait qu'on s'intéresse particulièrement à lui et à son confort. S'il peut s'accomplir tel qu'il était dès le départ, il est comme il doit être. Il ne doit pas alors exagérer ou simuler, être névrosé ou de quelque autre façon désagréable. Il vit "dans une modeste harmonie avec la nature". Comme dit le bouddhisme zen: au début, les montagnes étaient des montagnes et la mer était la mer. Puis les montagnes ont cessé d'être des montagnes et la mer d'être la mer, et à la fin les montagnes seront de nouveau des montagnes et la mer sera de nouveau la mer. Nul ne peut avoir une vision sans être transformé par elle. D'abord il n'a pas de vision, et il est l'être A; ensuite il est lui-même plus une vision = l'être B; il peut arriver alors - s'il n'est pas complètement obtus - que la vision influence sa vie, et cela donne l'être C. Ce qui compte, ce n'est pas que les gens pensent ou ne pensent pas qu'ils sont individués; ils sont exactement ce qu'ils sont: dans l'un des cas, un être humain plus une caractéristique désagréable dont il est inconscient et qui le tourmente, ou sans cette caractéristique - quoi qu'il en soit, inconscient de lui-même; dans l'autre cas, conscient. Le critère, c'est si l'on est conscient ou pas.

L'être qui a une névrose et qui sait qu'il est névrosé est plus individué que celui qui n'a pas cette conscience. L'être qui est un satané fléau pour son entourage et le sait est plus individué que celui qui reste dans l'inconscience béate de sa nature, etc. Le point de vue scientifique est pertinent pour beaucoup de choses, mais concernant la tournure décisive que prend l'individuation, sa contribution est absolument nulle; il a tout au plus une certaine importance secondaire. Si l’être humain est en désaccord avec lui-même et ne le sait pas, il a des illusions; mais s'il sait qu'il est en désaccord avec lui-même, alors il est individué. Selon Schopenhauer, l'humour est la seule qualité divine en l'homme. Si le pape a de l'humour, ou si Albert Schweitzer sait qu'il a pris la fuite devant le problème européen ou Winston Churchill quel insupportable "bully" il peut être, alors ils sont, en ce sens, individués. Mais pour sûr nul ne s'intéresse à ces finesses très hautement subjectives, sauf s'il est psychologue ou quelqu'un qui en a assez d'être inconscient."
C.G. Jung - Correspondance 1955-1957

dimanche 16 mai 2010

Premier anniversaire


Aujourd'hui, en ce 16 mai 2010, j'ai le plaisir de souligner le premier anniversaire de mon blog. Au tout début de sa création, j'ai vu en rêve un petit éléphant blanc qui trottinait devant moi. Je lui demandais où il s'en allait comme ça! Au fil du temps, je l'ai nourri, il est devenu un peu plus consistant et il a pris peu à peu les couleurs de mon âme et de ma vie.
Je profite de cette occasion pour vous dire un grand MERCI, à tous ceux et celles qui m'ont laissé un commentaire en passant, qui m'ont encouragée et/ou critiquée, et un MERCI tout spécial aux 17 membres qui se sont inscrits sur mon blog.

Ce que j'ai voulu communiquer dans ce blog, en résumé, c'est que chacun de nous a la responsabilité de développer sa valeur propre, son individualité. Carl Jung dit que "L'individu est le vase de la vie, tout individu est porteur de la vie, et la vie n'est portée que par les individus." * "Il faut que l'individu soit complet et consistant, faute de quoi rien ne peut exister, car une somme de zéros, si grande soit-elle, ne fait rien de plus que zéro." **
La seule façon d'arriver à former une société équilibrée, vivante et évolutive, c'est que chacun de nous donne libre cours à sa propre originalité. Et pour ce faire, il est inutile d'aller chercher au diable vauvert les réponses à nos interrogations. Il faut ouvrir son âme, son coeur et son esprit le plus grand possible, pour se développer intérieurement et bien se connecter à sa propre réalité, à sa propre richesse... à sa propre vie!
Amicalement,
Michelle
16 mai 2010

P.S. Le 16 mai est aussi la date anniversaire de la naissance de mon grand-père Henri Lapointe, qui m'a transmis en héritage (avec ma mère) l'amour de l'écriture et de la lecture. Ma cousine Linda a créé un site en son honneur où vous pourrez lire une partie de ses mémoires: http://plabbe.com/hl/
* Tiré du livre "C.G. Jung parle - Rencontres et interviews", chapitre 54: Interview pour la Suisse à l'occasion du quatre-vingt-cinquième anniversaire (éditions Buchet-Chastel).
** Extrait du livre "C.G. Jung - Correspondance 1955-1957" tiré d'une lettre au Dr Hans A. Illing.

dimanche 2 mai 2010

Le petit bonhomme et l'Arbre


Il était une fois un très grand Arbre, un Arbre immense au Centre du Monde. Il était bien au Centre du Monde, oui, au carrefour des mille routes. Cet Arbre immense, on peut lui mettre un A majuscule, premièrement à cause de son âge vénérable, mais surtout parce que, à lui seul, il représentait tous les arbres, il était leur prototype. C'était un Arbre très vivant de bas en haut. Il avait été planté au début du Temps par Dieu pour donner à tous les hommes l'espoir de rejoindre le ciel un jour. Au bas de son tronc vivaient des centaines de petits animaux qui se réfugiaient dans ses racines-refuges. Tout au long de son Etre, des oiseaux venaient se percher sur ses branches hospitalières. Et là-haut, tout là-haut, l'Arbre si grand continuait à grandir, bien sûr. Jamais on n'en avait vu d'aussi grand, sauf au pays des légendes. Là-haut, ses plus hautes branches et sa cime saluaient en vibrant Dieu et les Anges en train de s'activer. Ils étaient là, bien qu'invisibles de la terre puisqu'ils étaient si haut. Ils étaient près de la cime, toujours, espérant qu'un de ces jours, un moyen soit trouvé de se servir de l'Arbre pour communiquer. Car n'est-ce pas sa mission, à cet Arbre, d'être un instrument divin permettant la communication entre Dieu et les hommes! Sans Lui, il n'y aurait plus de repère, l'axe du monde coupé, reviendrait le chaos.

Il était une fois, un petit, très petit bonhomme. Il n'avait pas de nom car il n'était qu'un signe hiéroglyphique sur un document très ancien qu'on nommait parchemin. Ce petit bonhomme, figé depuis des années dans une même posture, un jour, il lui a été donnée la chance de remuer à sa guise. Nommons-le Georges pour le nommer du nom d'un valeureux guerrier. Georges était si heureux d'être délivré, de pouvoir enfin bouger! Dieu avait enfin permis qu'il devienne vivant, pour accomplir un dessein quelque peu troublant. Car c'est à lui qu'est échue la mission de grimper à l'Arbre cosmique pour ainsi perpétuer l'Acte du commencement, où un héros divin parvenait à y grimper pour ne jamais en revenir. Lui, Georges, devait en redescendre pour annoncer la bonne nouvelle que Dieu ne manquerait pas de lui communiquer.

Brave petit Georges, qui avait été si figé, se mit en route sans plus tarder vers l'Arbre non loin de là. Il se mit ensuite à y grimper. C'était assez facile, il était si petit, mais il fallait s'agripper pour ne pas retomber. Il grimpa, grimpa, grimpa, devint invisible aux yeux de tous, en haut ou en bas. Mais il était bien là. Il se nourrissait en chemin de toutes sortes de fruits poussés là, il buvait de temps à autre de la sève prélevée à des petites branches. Cette sève était tantôt rouge, tantôt verte, tantôt bleue. Comme c'était curieux! Bien sûr l'Arbre était polyvalent, il résumait toutes les espèces végétales sur terre et même au-delà. Le petit Georges ne s'embêtait pas. Il grimpait, grimpait, et ça faisait déjà très longtemps, une éternité. Ce petit bonhomme anonyme ne se lassait pas, car il n'était pas humain, la fatigue ne le minait pas. Qui jadis l'avait créé dans le noble but de communiquer? Un message en images, c'est un message universel, et un bonhomme, ça se comprend bien. Mais il ne parlait pas, bien sûr. Un bonhomme ça parle en Soi, ça veut dire homme, simplement. Pour parler il lui faut tout son environnement hiéroglyphique, assurément. Alors, il s'inquiétait un peu. Comment le grand Dieu pourrait-il lui confier un secret puisqu'il ne parlait pas. Mais courageusement, il continua...

Un jour, au bout d'une ou deux éternités, notre petit bonhomme enfin atteignit la cime et bien que celle-ci continuât à pousser bien sûr, il parvint à se camper tout au bout! Sa vision, de là-haut, s'émerveillait d'englober l'Univers. Il était campé à cet endroit où on peut réaliser que ce qui est en-haut est comme ce qui est en bas. Comment savoir ce que le grand Dieu lui a dit, au petit Georges venu ainsi en mission vers Lui. C'est un secret bien gardé, qui ne sera jamais profané. Il vécut un bout de temps avec ces hautes entités des Cieux. Puis il redescendit par le même chemin, tout au long de l'écorce du grand Arbre. Il ne fut pas plus connu des humains, mais quelque chose avait changé dans les relations entre la terre et les divinités. Et Georges en avait le crédit tout entier!

Mes commentaires

Georges: Il représente le genre humain tout entier, sans distinction de race ni de langue surtout. Petit bonhomme très âgé, sans particularités, sinon d'être un être vivant, humain, terrien (t'es rien), et qui, bien qu'âgé, ne vieillit pas. Et ne mourra pas avant... une éternité. J'ai vu en image mentale quelques signes, quelques hiéroglyphes. Dans une seconde image, j'ai vu un petit bonhomme (aussi hiéroglyphe) se mettre à bouger. Représentation de l'homme tout entier, il se met à bouger, il se met à vivre! Qu'est-ce à dire?

Le prénom Georges, ça me fait toujours penser aux articles de Sélection du Reader's Digest: Le nez de Georges, l'intestin de Georges, etc. Et une phrase m'est venue à l'esprit: "La vie de Georges". Cet être qui sans être réellement se retrouverait vivant, comme le petit bonhomme! Le petit bonhomme est un prototype du commun des mortels. Alors que Dieu, tel que vu par l'homme, est un prototype de l'Homme déifié, une image idéale de ce que l'homme est appelé à être au bout de son périple de mortel, quand il sera enfin sorti de son enfance et que son esprit s'ouvrira enfin aux vibrations de l'univers. Entre les deux, il y a tout un monde, déchiré, attendant trop passivement l'éternité. Dieu et le diable son éternels. Le diable s'ingénie à garder l'homme dans l'enfance, en perpétuant en lui la peur, l'anxiété et la non-confiance en soi, ou il attise son orgueil et l'empêche d'en sortir.

L'arbre cosmique: prototype géant de tous les arbres, surtout les grands, les gros arbres. Dans certaines cosmogonies, il représente le lien entre l'homme et Dieu, entre le ciel et la terre. Il pousse, pousse ses branches de plus en plus loin dans le ciel et il pousse, pousse ses racines, de plus en plus loin dans la terre. Il est un exemple pour nous tous par sa ténacité, cette impulsion constante qui l'anime sans faiblir, sans compter, sans rien attendre en retour. L'homme gémit sur son sort sans cesse ou il se glorifie sans cesse, dans les deux cas, ça l'empêche de grandir et d'atteindre enfin son Dieu.

Le petit bonhomme de mon histoire, si anonyme, est forcément humble puisqu'il n'est pas un individu séparé mais une représentation de l'Homme en général. Il ne peut ainsi avoir l'orgueil d'être ce qu'il est. Ce petit bonhomme anonyme peut devenir vivant puisqu'il représente, en général, l'humanité... vraiment vivant je veux dire, comme la nature, vibrant d'une entière harmonie au diapason de l'univers qui l'entoure. Il est un axe cosmique, lui aussi, lien entre les hommes et leur Dieu.
Michelle
3 août 2000
P.S. Petite synchronicité. J'apprends que c'est aujourd'hui l'anniversaire de George Moustaki, né le 3 août 1934, et je retrouve cette belle chanson "Les mille routes" (comme mon Arbre qui est au carrefour des mille routes; bien sûr, l'expression m'est venue de cette chanson)

jeudi 22 avril 2010

Quand j'étais petite...


Quand j'étais petite... j'étais grande et riche, comme le sont les enfants. Chaque enfant a son originalité et ses rêves, il est entièrement lui-même. Vous voulez vous connaître, observez l'enfant que vous étiez! Les souvenirs qui nous restent sont ceux qui comptent; idem pour les rêves importants, on ne peut passer à côté. Et en parlant de rêve, je vous ai déjà raconté celui que j'ai fait plusieurs fois quand j'étais enfant:
A l'école en première année, je me revois encore en classe devant mon cahier, écrivant le mot "locomotive". J'aurais voulu étirer le mot d'un bout à l'autre de la page (de taille modeste). Une locomotive, bien sûr, ça va plus loin, et quand on est petit, on a des rêves d'aventures de grand. J'avais aussi un disque de Puff'n'toot, cette petite locomotive dont le chemin passait par une colline, qu'elle avait toutes les peines à franchir. Et un autre où on entendait les bruits de préparatifs du départ d'un train, aussi le cri "All aboard", l'ébranlement un peu laborieux et puis le vrai départ. J'adorais ça!
Comme tous les enfants de ma génération, j'ai beaucoup joué avec des poupées à découper et leurs vêtements. Mais ce que j'aimais plus que tout, c'était de découper les vêtements de papier des plus grandes poupées pour les ajuster à une qui était plus petite, et même Louise (ma soeur aînée de 2 ans) et moi, nous en avions fabriqué une en prenant comme modèle cette petite poupée: c'était notre préférée (j'en ai un vague mais tenace souvenir). Ajuster, transformer, ce qui existe déjà et le tailler sur mesure pour notre "création", quelle joie.
J'aimais dessiner d'abord une forme qui revenait à son point de départ. Un nuage qui prenait à chaque fois une forme différente. A l'intérieur de cette forme, je traçais une ligne parallèle juste à côté. Et puis une deuxième. Et ainsi de suite jusqu'à ce que j'atteigne le centre. Et j'observais le résultat, la forme de ce centre. C'était le but de l'exercice que je recommençais sans me lasser. Trouver le centre de Soi. Et un autre exercice que j'aimais tout autant était de faire une forme semblable à la première (décidément j'aimais les nuages) mais cette fois, je laissais l'intérieur blanc, mais j'essayais de trouver la couleur de ciel alentour ou simplement de son contour qui rendrait ce nuage encore plus blanc. J'avais réalisé que le bleu foncé donnait ce résultat, et ça me fascinait, de rendre ce blanc plus blanc. J'ai réalisé ce matin en y repensant combien ces deux exercices étaient complémentaires. Trouver le centre d'une part, et aussi trouver des moyens extérieurs (le bleu est la couleur de la spiritualité) de rendre le blanc plus blanc.
Pour continuer avec le dessin, j'avais dans un de mes livres un petit dessin tout simple que j'aimais beaucoup, et que je reproduisais souvent. Quand j'étais enfant je le reproduisais assez fidèlement et quand j'ai recommencé à dessiner à 23 ans, j'ai refait ce dessin de temps en temps, mais dans une version différente à chaque fois. Deux collines se rejoignaient. Un sentier montait sinueusement entre les deux. On y voyait des traces de pas. Et puis, en-haut du chemin, le haut d'un clocher d'église avec la croix. Il y avait aussi un sapin d'un côté... ou de chaque côté de ce sentier. Bien sûr l'église représente la spiritualité, dans le sens large de ce mot. Le reste se passe d'explications, je crois bien!
J'avais inventé un jeu. Je plaçais un drap sur ma tête en guise de voile et m'assoyais sur mon lit. J'étais une reine et mon frère Gilles était à mon service. Je lui demandais de parcourir mon royaume et de me ramener tous les enfants perdus qu'il trouvait. Il me les ramenait (poupées? enfants imaginaires?) et je les couchais près de moi sous les pans de mon voile pour les protéger. J'ai souvent joué à ce jeu. Bien sûr, je suis la "reine" de mon royaume où se trouvaient beaucoup d'éléments à ramener au centre de mon attention. Le travail de toute une vie... qui a commencé comme ça, durant ces tendres années.
Nos parents aimaient les livres et par conséquent nous en avons eu depuis notre prime enfance. Dans mes livres illustrés, je me souviens entre autres de l'histoire de Souris, qui était moins belle que ses deux soeurs, mais plus futée. Des géants vivant sur une île avaient volé le soleil, le roi se désespérait de cette situation qui plongeait son royaume dans le noir. Souris est partie en barque et avec courage est allée récupérer le soleil pour que chacun puisse en jouir. Il y avait aussi la fille aux mains coupées, un conte ô combien symbolique, et très impressionnant. Plus tard, j'ai écouté une conférence de Germain Beauchamp, thérapeute jungien, sur ce thème de la fille aux mains coupées. Je vous reviendrai sur ce thème plus longuement une autre fois. La fille aux mains coupées parle bien sûr de sentiments d'impuissance qui ne sont pas signes de faiblesse mais souvent des étapes à traverser au contraire courageusement sur le chemin de la vie.
Le souvenir le plus étrange de ma prime enfance est sûrement celui-ci. J'aimais accompagner ma mère quand elle allait faire l'épicerie, dans un but précis. J'étais fascinée par les poissons entiers et particulièrement par leur oeil grand ouvert (je n'en voyais qu'un dans l'emballage, bien sûr). J'étais terriblement déçue les jours où il n'y en avait plus dans le comptoir. (Ma mère n'achetait pas ces poissons mais toujours des filets). Fascination on ne peut plus bizarre! Bien des années plus tard, j'ai lu dans un livre de Jung (je ne sais plus lequel) que l'oeil du poisson était assimilé à l'oeil de Dieu, parce qu'il est toujours ouvert. Même durant notre sommeil, le grand Oeil est toujours en éveil, on peut compter sur Lui.
Vers l'âge de 10 ans, je rêvais d'avoir une bicyclette. J'en empruntais une aux voisins, enfin, ce qu'il en restait: elle n'avait pas de pneus, pas de banc, il manquait une partie des pédales.. hi, hi! Elle faisait un train d'enfer en roulant sur le trottoir... mais j'aimais ça quand même. A 11 ans, je participe à un concours trouvé sur une boîte de céréales Kellogs. Il fallait observer un dessin et répondre "vrai" ou "faux" à quelques questions. Quelque temps plus tard, maman me remet une lettre: j'avais gagné une bicyclette! Wow, j'étais enchantée. Une bicyclette ça représente l'autonomie, on me défendait d'aller bien loin... mais chevaucher ma bicyclette était exaltant.
Un souvenir à l'école. J'étais en 4e année. (Au Québec, on commence par la 1ère année, à 6 ou 7 ans) Je n'ai jamais su pourquoi, on m'avait emmenée et moi seule dans une classe de 6e année, à l'étage au-dessus. On m'avait installée avec une feuille de papier et un dessin à copier au milieu de la classe. C'était le dessin d'un flambeau dont la base était torsadée, en spirale, portant une belle flamme, et en-dessous le mot: LUMEN. Je trouvais ce dessin génial. Je m'étais bien appliquée pour le copier, je ressens encore mon plaisir quand j'y repense. Et je l'ai re-dessiné bien plus tard de mémoire. LUMEN, lumière, conscience. De plus, une grande de cette classe m'avait accompagnée un bout de mon chemin de retour à la maison; elle était gentille avec moi. Une journée très spéciale dont je me souviendrai toujours avec bonheur.
En 1962, j'avais 11 ans, inspirée et incitée par maman, j'ai commencé à écrire mon journal. Oh, j'écrivais seulement trois ou quatre lignes, mais le principal y était, comme par exemple, le jour où j'ai gagné ma bicyclette! En date du 2 janvier, j'ai appris à jouer au piano: "Twinkle, twinkle, little star". Premier morceau que m'a appris maman. Début d'écriture, début du piano. Débuts très modestes dans les deux cas, bien sûr! Brille, brille, petite étoile, comme je me demande qui tu es!
Comme l'a écrit notre grand poète Vigneault: "Les îles de l'enfance dorment sur l'eau du temps, on ne saurait y revenir qu'avec des pas d'enfant. On ne saurait tout retenir, l'eau et le vent sans vent devant, sans emporter un souvenir. Puisque c'est ton tour, vogue, rêve et cours dans les anciens jours et remplis ta tête. Regarde avec soin secrets et grands foins, prends-en plus que moins, et remplis ton coeur."
Michelle
22 avril 2010
P.S. Un grand merci à André de m'avoir insufflée cette idée. Il m'a dit dimanche dernier: Tu veux savoir qui tu es? Regarde l'enfant que tu étais et ses rêves!

dimanche 18 avril 2010

SOL


Un sol sous mes pieds

pour danser et faire germer la vie

Un Sol là-haut dans le ciel

Soleil chaud, intense

qui réchauffe le sol et la vie

A Sol *, des amis qui me côtoient

et dansent avec moi

pour me garder en vie

Un sol dans ma tête, il éclate de joie

Do ré mi fa sol jouent une mélodie

pour me faire danser

sur le sol, sous le Sol, à Sol

et faire vibrer ma vie

Un sol, c'est aussi un sou

et dans mon sous-sol

vous ne trouverez peut-être pas le Pérou,

mais sûrement une petite pièce d'or

qui joue en sol mineur

un refrain pour tous les petits sols

rêveurs de quatre sous

dansant sous le Soleil.


Michelle
31 mars 1983

* Sol, c'est le diminutif du nom d'un groupe dont j'ai fait partie pendant bien des années, un groupe d'entraide en santé mentale: Solidarité-Psychiatrie

lundi 12 avril 2010

La femme en blanc

Carte du psycho-tarot de Hurley & Horler

Hier matin, j'ai vu une image hypnopompique qui m'est restée en tête de façon persistante au courant de la journée. (Hypnopompique: relatif à la phase de réveil partiel qui succède au sommeil)

J'ai vu une jeune femme toute vêtue de blanc. Sa robe blanche ajustée à la taille devait être soit en dentelle, soit en tissu texturé, non lisse. Elle portait sur la tête un long chapeau pointu. Ce chapeau était blanc aussi. C'est ce qui m'a le plus frappée, ce chapeau de magicienne ou de fée. Elle était habillée comme pour une fête, un événement spécial, une cérémonie. Et venant de sa droite (donc de ma gauche en tant que "spectatrice" de la scène) un homme que je n'ai pas vu lui tendait une boîte carrée ou légèrement rectangulaire blanche elle aussi et déjà ouverte. Dans cette boîte, un peu masqué par autre chose, j'ai vu un morceau de tissu rouge foncé: un accessoire pour compléter le costume? Un foulard peut-être ou une capeline! Comme un cavalier qui offre un élément de plus pour compléter une robe de soirée et lui ajouter un élément coloré!

En alchimie, l'oeuvre au blanc représente la lune qui reflète le soleil, donc l'intuition, l'imagination, la "réflexion" qui nous permet peu à peu de connaître et de comprendre qui nous sommes. L'oeuvre au rouge (rubedo) par contre représente le soleil lui-même, donc la mise en oeuvre, l'activité, l'expression de ce qui a mûri dans la phase albedo.

Cette femme est toute de blanc vêtue, et on lui offre donc un élément rouge pour compléter sa belle tenue. Une phrase que j'ai écrite dans un de mes poèmes décrit bien mon sentiment face à cette image: "Se peut-il que je sois invitée au banquet de ma vie?"

Ces jours-ci, j'ai fait la connaissance d'un homme qui a un coeur d'enfant et une plume fantaisiste et profonde: un homme qui aime le bonheur et la vie. Une rencontre stimulante pour moi et ma créativité en veilleuse. Il dit que je suis une belle rivière souterraine. Souterraine? Eh oui, cette image me parle beaucoup. Et aussi celle de cette jouvencelle prête pour aller au bal!

Michelle
12 avril 2010

dimanche 11 avril 2010

Le petit ver mordoré


LE PETIT VER MORDORÉ
Bien sûr, il vivait sous le sol, comme tous ses pareils.
Il grignotait la terre par petites bouchées,
puis la redonnait à la Terre après l'avoir digérée,
et la terre était belle grâce à lui,
grâce aux unis vers, qui labouraient la terre, sans se lasser.

Vers mi-sots sous le sol sans cesse remuez,
pour faire respirer la terre, qui a besoin d'air,
comme tout ce qu'elle produit.
Nouvelle façon de voir les vers et ce qu'ils trament dans la vie.
Nouvelle façon de voir les gens qui, mine de rien,
se taillent une petite vie à leur portée.
Tendresse au fil des jours, grandes âmes aux habits parfois usés;
chacun de nous aide l'Esprit à respirer, peu à peu, plus à l'aise.

Quant aux petits vers casaniers, ils sont les plus incompris.
Ils labourent leur coin de terre et semblent ne rien apporter
au bien-être de la collectivité.
Mais attention, ce sont parfois les plus riches,
laissez-les émerger, vous serez étonnés.

Michelle
Mars 1986